Critique : Pride

On 04/11/2014 by Nicolas Gilson

En 1984, un groupe d’activistes homosexuels londoniens décide, lors de la marche des fiertés, de venir en aide aux mineurs alors engagés dans un mouvement de grève. Leur objectif de récolter de l’argent pour soutenir les grévistes est un succès si ce n’est que le syndicat national des mineurs n’en veut pas. Ce qui n’empêche pas les militants de contacter, presque au hasard, une antenne locale qui acceptent leur aide – sans avoir réellement compris quelle association la leur offrait. Mettant en lumière un épisode oublié et méconnu qui fit l’actualité en Grande-Bretagne, PRIDE est la rencontre entre deux mouvements et bien des réalités.

pride

S’il rend vie avec panache à l’aube des années 1980, Matthew Warchus livre un film à l’énergie contagieuse qui s’avère toutefois superficiel tant il cherche à proposer une photographie la plus représentative possible de la réalité de ces années où le sida émergeait. Deux principaux protagonistes semblent de prime abord se dégager avant que la construction scénaristique ne se révèle être celle, enchevêtrée, d’une galerie de personnages et d’une succession de séquences ô combien démonstratives permettant d’aborder les multiples facette de l’homosexualité alors, ses enjeux et les clichés d’une époque.

Les premiers protagonistes rencontrés sont presque iconiques. D’une part il y a Mark, un homosexuel étonnamment assumé et assuré, et de l’autre Joe, son opposé qui vit toujours chez ses parents homophobes et intolérants à qui il n’avoue pas son penchant. L’un est actif dans le « milieu », l’autre le découvre. Leur rencontre lors de la Gay Pride devient pour Joe celle d’un univers où il pense pouvoir enfin être qui il est. Pénétrer la librairie qui accueille les militants est pour lui – et pour le spectateur – la découverte d’une photographie globale tant du militantisme que de l’homosexualité. Tout est gentiment artificiel et coloré. Étonnamment c’est en créant des personnages proprement clichés que Matthew Warchus les dénonce, s’en moque et s’en joue.

À un humour délectable répond un sentimentalisme on ne peut plus appuyé afin de proposer le double portrait du combat des mineurs et de l’homosexualité – assumée, refoulée, jugée, tolérée ou rejetée. En caricaturant – faut-il le supposer à dessein – ses protagonistes et ses situations, le réalisateur les rend plus touchant et évocateurs. Au fil de son développement narratif, avec comme fil rouge le soutien financier et l’aggravation de la situation des mineurs, PRIDE propose une série de parenthèses tristes et joyeuses qui sont autant d’épisodes faisant revivre la réalité d’une époque.

La superficialité générale et le caractère dictatorial ou atmosphérique de l’enrobage musical importent peu lorsque le film devient non seulement le témoin du prisme sociétal et social d’alors mais acte aussi et surtout de l’intérêt qu’il y a à se soutenir dans la lutte pour un idéal. L’approche manque-t-elle de finesse que PRIDE fait néanmoins mouche. Une bonne guimauve.

Pride - affiche

PRIDE
♥♥
Réalisation : Matthew Warchus
Royaume-Uni – 2014 – 117 min
Distribution : Lumière
Comédie (dramatique)

Cannes 2014 – Quinzaine des Réalisateur (film de clôture)
Film Fest Gent 2014 – Séance Spéciale

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