Critique : Premières Neiges

On 11/03/2009 by Nicolas Gilson

Sortie du Film Première Neiges de Aida BEGIC

Bosnie 1997 au coeur d’un village dévasté par la guerre vivent douze villageois. Parmi ceux-ci un vieillard et un jeune garçon sont les seuls hommes à ne pas avoir été «emmenés». Vivant en parfaire autarcie ces personnes isolées ont construit un quotidien nourri de rêves et de souvenirs. Un jour deux hommes d’affaire arrivent au village et proposent de l’acheter …

IL FAUT BIEN QU’ON VIVE …

Avec Premières Neiges Aida Begic nous confronte à un travail de deuil à la fois pluriel et intense. Avec force elle témoigne de la volonté de parler d’une page d’Histoire au travers d’une dimension individuelle. Le récit qu’elle nous livre est celui du quotidien en Bosnie, au coeur d’un village isolé, au lendemain de la guerre. Un village sans doute comme bien d’autre …

La scène d’ouverture met en place une atmosphère duale à la fois légère et terriblement dure. Une atmosphère gaie et naïve où des silences et une intensité froide dans l’échange des regards esquissent l’amère constat de l’après-guerre. Un univers féminin au sein duquel seuls un homme et un jeune garçon prennent place. Les autres ayant été emmenés et n’étant jamais revenus.

Le souvenir des hommes – à la fois enfants, maris et pères – et l’espoir de leur retour rythment le quotidien de ces villageoises qui vont peu à peu parler, exprimer leurs doutes et leur craintes. C’est au travers de gestes simples que les habitants de ce petit village sont unis. Une étrange tolérance semblent les rassembler malgré des cultures visiblement différentes. De là émane un sentiment de solidarité improbable. Ces villageois forment une famille recomposée où tous s’épaulent ou se supportent … où chacun cherche néanmoins sa place.

Un chapitrage simple nous sert de point de repère. Les jours se succèdent sans pour autant être ni différents ni similaires. Des visiteurs viennent néanmoins perturber ce quotidien et serviront de révélateur. L’altérité qu’ils représentent orientera le travail de deuil vers un jeu de confrontations. Mais tout cela reste subtil malgré d’étranges «heureux hasards».

Le sujet développé par Aida Bebig dans son premier long métrage s’avère riche et complexe à la fois. Car le travail de deuil qui prend place est commun à chacun des personnages tout en étant aussi particulier. Pourtant la jeune réalisatrice rend son film extrêmement accessible sans jamais tomber dans la démonstration.

Elle parvient à esquisser une réelle intimité en donnant de l’importance aux gestes des différents protagonistes. La réalisatrice recourt avec parcimonie à l’utilisation de musique si bien que l’emploi de celle-ci devient intéressant. L’hypothèse musicale engendre une forme de lyrisme : une poésie à la fois visuelle – en créant un jeu de répétition – et sonore.

Les images «métaphoriques» sont cependant souvent trop appuyées mais Premières neiges est à la fois emprunt d’une naïveté et d’une légèreté permettant de ne pas en rendre le sujet imperméable. Une belle surprise qui ne nous laisse pas indifférent.

PREMIERES NEIGES
Snijeg
**
Réalisation : Aida BEGIC
Bosnie
Distribution : Beeck Turtle
Comédie dramatique
Enfants admis

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