Precious

On 02/03/2010 by Nicolas Gilson

Adaptation du livre Push de Sapphire, PRECIOUS est un film choc dont l’âpreté du sujet est d’une radicalité rare dans le cinéma américain. Cependant en optant pour une ligne esthétique qui tend au fourre-tout démonstratif, Lee Daniels sombre indépassablement dans le misérabilisme. Le film déçoit tant il répond à une logique spectaculaire de surenchère. Dommage.

D’emblée le film confronte le spectateur à l’exacerbation du pathos de la protagoniste principale : le recours à la voix-over, mettant en place une dramatique complicité. Un recours commode et éculé sans le moindre doute encore que la dynamique du film, reposant sur celle du témoignage, gomme toute gratuité. Malgré un physique imposant c’est au travers de la voix que Precious se révèle au spectateur. Elle se livre littéralement à lui, avec timidité et candeur. Lee Daniels trouve dans cette démarche, indéniablement narrative, un cadre efficace qui cadenasse le spectateur dans une position de pur récepteur.

Une subjectivité dans la captation visuelle est esquissée. Mais le réalisateur ne parvient pas à fondre le regard du spectateur à celui de la protagoniste principale. Il y tend ponctuellement mais cette vaine démarche ne cesse de s’auto-épuiser. A chaque tentative, le réalisateur brouille les pistes en zoomant au sein du cadre, en optant pour des valeurs de plans contradictoires, en entremêlant les réalités narratives – qui ne répondent pas à une esthétique singulière … En somme la subjectivité n’a d’intérêt que si la séquence en devient spectaculaire.

Pourtant Lee Daniels parvient à faire coexister trois univers relatifs comme autant de temporalités : un présent de l’ordre du récit au sein duquel se fondent et se confondent les fantasmes et la visualisation du passé de Precious … Cependant aucune ligne esthétique singulière n’est développée. Seul l’imaginaire de la jeune fille tend à une logique claire de surenchère proche du kitch, de l’exagération. Si celle-ci répond à des clichés représentatifs, présent et passé voyagent en pleine démonstration : le réalisateur recourt à une démultiplication d’effets qui donnent à l’ensemble du film un rythme efficace mais inégal. PRECIOUS revêt dès lors un caractère brouillon où la nécessité de confronter le spectateur à l’atrocité d’une situation, à la violences des gestes, à la radicalités des propos s’impose comme seule garantie de son empathie. Le réalisateur privilégie le gros plan pour choqué le spectateur. Cela fonctionne radicalement. Mais le rythme du montage est tel que la gavage n’est pas loin. La spectateur se retrouve presque dans la position de Alex dans ORANGE MECANIQUE lorsqu’il subit un curieux nettoyage de cerveau par le billet de la projection cinématographique.

Si quelques ellipses narratives sont regrettables – conduisant à quelques incompréhensions – la disparité de la direction d’acteur est fâcheuse. Mo’Nique glace proprement le sang dans le rôle complexe de la mère de Precious ; une mère jalouse de sa fille car celle-ci lui est sexuellement préférée par son absent compagnon – le père de Precious. Une mère marginale, non éduquée dont la fine caractérisation dévoile les enjeux politiques et sociétaux du film. La force d’interprétation de l’actrice est déroutante. Mariah Carey atteste d’une sobriété de jeu surprenante, tendant à une justesse notable, mais sombre dans l’exagération artificielle lorsqu’il s’agit d’appuyer à renfort de larmes la monstruosité de la situation … Gabourey Sidibe (Precious) est paradoxalement l’actrice la plus effacée du film. Bien que cela réponde à la naïveté exacerbée du personnage, elle apparaît n’être qu’une marionnette conduisant à de pures démonstrations et récitant sans relief un texte éprouvant. Paradoxe s’il en est.

PRECIOUS
*
Réalisation : Lee DANIELS
USA – 2009 – 102 min
Distribution : KFD
Drame

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