Critique : Pourquoi j’ai pas mangé mon père

On 06/04/2015 by Nicolas Gilson

Jamel Debbouze fait son cinéma. Passé à la réalisation, il peut se targuer de signer avec POURQUOI J’AI PAS MANGE MON PERE le premier film entièrement en « performance-capture » produit en Europe – qu’importe que le résultat soit en tout point pitoyable. Pourquoi j’suis pas sorti – comme j’en avais pourtant envie – dès la première scène ?

« Je s’occupe de tout »

Alors qu’une tribu de simiens – des pré-humains ressemblant à assortiment d’anthropoïdes – est à la fête, le Roi, qui se réjouit de la naissance de son héritier, est face à un dilemme : son épouse vient de mettre au monde deux « fils », l’un frêle et curieusement nu, l’autre déjà fier et courageux. Influencé par la sorcière qui lui fait entendre que « c’est une erreur de la nature, qu’il ne survivra pas et que le peuple ne comprendra pas », il ordonne à son valet d’exécuter son héritier légitime. Néanmoins sauf, prénommé Edouard, il grandit isolé auprès d’un autre singe, Ian, et se révèle tellement ingénieux qu’il porte un pagne. Le destin le conduit à découvrir ses origines, ce qui n’est pas sans conséquences.

pourquoi-jai-pas-mange-mon-pereSi les bases scénaristiques laissent pantois, l’introduction du film suscite une interrogation : quel rôle Jamel Debbouze réserve-t-il aux femmes ? Se débarrassant de la mère – fatalement aimante – d’un revers de la main, il lui confronte une sorcière manipulatrice qui devient l’incarnation du mal. C’est tellement grossier que c’en devient risible. Pourtant, il n’y a pas de quoi s’esclaffer. Si la caractérisation de l’ensemble des personnages s’avère caricaturale, celle des « femelles » est pour le moins outrancière.

« Get Up, fais ton truc »

Le film cherche-t-il à mettre en exergue les clichés et la virulence d’une société fermée à « l’autre » qu’il y parvient admirablement – avec, en prime, des allusions douteuses si pas homophobes lorsque Edouard refuse de « peler le ‘uc » de son compagnon. Censé être truffé d’humour, le scénario est plus affligeant que ridicule. Et ce n’est pas l’hommage à Louis de Funès – proprement singé – qui aide en quoi que ce soit… Trouvant une scène pour se donner en spectacle, Jamel Debbouze, qui donne corps à Edouard, semble oublier qu’un peu de cohérence fait passer la pilule. L’addition de (mauvaises) idées et d’illogismes devient insupportable. Néanmoins, cela réserve des surprises, souvent de taille, comme découvrir que les simiens vivent tous sur un même arbre… autant dire que le sens des proportions est des plus symbolique.

Pourquoi-jai-pas-mangé-mon-père-pèlage de ucjpgAu grand n’importe quoi narratif – libre adaptation du roman de Roy Lewis* truffée de clins d’oeil balourds – répond une mise en scène d’une piètre qualité. Si l’animation des personnages est réaliste, elle n’en est pas moins boiteuse. L’habillage de la capture de mouvements est d’une mollesse et d’une artificialité tristement minables – ce que ne sauve en rien la projection en 3D. Tantôt collée sur certaines séquences, tantôt source-même de leur dynamique, la musique est un juke-box enchainant sans saveur des tubes « soul » (dont l’emploi est cliché), DJ Kore, Merlot ou encore Skrillex. Bref, en un mot, calamiteux.

*The Evolution Man (Pourquoi j’ai mangé mon père), Roy Lewis, Ed. Hutchinson, 1960

Pourquoi je n'ai pas mangé mon pèrePOURQUOI JE N’AI PAS MANGE MON PERE

Réalisation : Jamel Debbouze
France / Belgique – 2015 – 100 min
Distribution : Alternative Films
Animation

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