Critique : Potiche

On 10/11/2010 by Nicolas Gilson

Du générique d’ouverture de POTICHE transpire un ton joyeux et décalé où s’entremêlent pourtant plusieurs hypothèses. Nous y rencontrons Catherine Deneuve dans un survêtement rouge typique des années septante qui déambule dans les bois sur un fond musical gentiment kitch. Elle évolue presque de case en case tandis qu’une distanciation semble répondre à une logique artificielle : Catherine Deneuve en survêtement, un filet sur la tête, ça c’est du second degré ! Pourtant non, au contraire : le personnage à qui elle donne vie, Suzanne Pujol, est bien ancré dans la réalité mise en place. Une réalité à mi-chemin entre le conte de fée, où elle n’a pas de raison d’évoluer puisqu’elle a épousé son prince, et une terrible logique sociétale, qui l’enferme dans sa double position d’épouse et de mère. Rapidement, d’ailleurs, la femme se définit par le peu d’activités qui lui sont offertes, à savoir prendre soin de son image, de sa famille et de son ménage. Elle est formatée par la sphère privée et intérieure dont la seule réelle émancipation est le footing qui lui permet de rêver grâce à son contact avec la nature et son petit carnet de poésie. L’artificiel fait donc écho à l’âpreté d’un discours sous-jacent où la femme est sous le joug du patriarcat. Un discours que François Ozon souligne afin de le mettre brillamment à mal.

Potiche - Judith Godrèche, Catherine Deneuve

L’époque choisie est charnière tout comme les situations spaciale et sociale sont significatives : La bourgeoisie de province fait face à l’avènement du prolétariat alors que les femmes ont enfin des droits tel que le divorce ou l’avortement. La femme s’émancipe de l’homme qui est censé respecter ses pairs … Mais entre droits théoriques et réalité des faits, il y a un monde qui sert ici de décor.

L’écriture est habile, François Ozon s’est approprié le texte de Pierre Barillet et Grédy afin de le rendre moderne tout en ancrant une évolution plus marquée du personnage féminin. Il a mis en avant la force du changement, sa contagion en mettant en scène l’émancipation actée de Suzanne. Elle devient un femme qui a intégré les évolutions pour lesquelles ses paires se sont battues, des évolutions qui ne sont pas apriori de sa génération. Le réalisateur a également donné plus de volumes aux personnages secondaires, ce qui permet d’étoffer le discours, de l’enrichir. Le scénario est construit avec brio ; les évolution sont fines et les retournements de situations fonctionnent avec force. Car la potiche et moins cruche qu’il n’y parait. La qualité des dialogues est aussi à souligner. S’ils conduisent au rire, ils sont également source de citation et de réflexion.

Les choix esthétiques conduisent au rendu d’une époque mais mettent aussi en place un discours singulier, à l’instar des choix musicaux. La musique revêt un caractère kitch qui ancre une dimension tantôt comique, tantôt mélodramatique – au sens populaire. Les chansons qui prennent place dans le film sont atmosphériques et significatives d’une époque avant de revêtir un réel sens : elles permettent aussi bien un contre-point ironique qu’une métadiscursivité. Plus encore Ozon en arrive à se les réapproprier afin de leur donner plus de volume.

Le réalisateur se joue aussi des codes esthétiques de l’époque qu’il fait siens. Il a le soucis du détail : les décors et les costumes sont soignés au point d’en devenir de réels véhicules de sens. Ils en disent bien plus que de nombreux mots et sont source de bien des révélations.

Ozon met également en place une dynamique de flash-backs qui illustrent une évocation impossible : d’une rare drôlerie mais aussi d’une douce tendresse, ceux-ci mettent en scène le passé de Suzanne. La jeunesse de Catherine Deneuve y est évoquée avec humour et amour tandis que le visage du personnage se refaçonne.

La mis en scène est brillante et la qualité d’interprétation est admirable. Le casting est judicieux. Catherine Deneuve est stupéfiante ; Judith Godrèche est diabolique ; Karin Viard est détonnante, Fabrice Luchini est détestable ; Jérémie Renier est tordant ; Gérard Depardieu est troublant : bref POTICHE est un régal.

Potiche - Catherine Deneuve, Fabrice Luchini

POTICHE
***(*)
Réalisation : François OZON
France / Belgique – 2010 – 103 min
Distribution : Cinéart
Comédie
EA

Potiche

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