Post Partum

On 19/03/2014 by Nicolas Gilson

Le titre du film de Delphine Noëls est évocateur et concentre les enjeux qui y sont développés : en effet POST PARTUM appréhende les « bouleversements physiologiques et familiaux » d’une femme suite à son accouchement. Plus trouble que troublant.

Post Partum

Vétérinaire établie et épanouie dans sa relation de couple avec Ulysse (Jalil Lespert), Luce (Mélanie Doutey) est sur le point d’accoucher. A la naissance de sa fille Rose, la jeune femme tend à une pure paranoïa. La joie fait place à des angoisses tant pour Luce que pour Ulysse qui est de plus en plus inquiet quant à la santé de sa conjointe mais aussi pour celle de leur enfant.

À travers quelques scènes visuellement fortes au sein desquelles le mouvement du temps et des actions semble s’inverser, Delphine Noëls esquisse – expérimente ? – le trouble qui emporte son héroïne. Déni et accouchement marque graduellement le basculement de Luce vers la déraison. Celle-ci s’ancre alors jusqu’à la plus complète exacerbation. L’écriture se ressent-elle amèrement qu’un problème de point de vue et une complexification narrative (la relation de Luce à sa mère) ont raison de notre attention (voire de notre patience). Et ce malgré une musique des plus conditionnante et la lisibilité des états psychologiques suintant le pathos – à moins que ce ne soit là une cause de notre désintéressement.

Post Partum - Jalil Lespers

Au fil des interactions avec les autres protagonistes et du développement de sa confusion, Luce est tout à la fois jugée et condamnée par les autres protagonistes mais aussi par nous. Car en nous confrontant à une démultiplication des angles d’approche et des regards sur la situation, Delphine Noëls a beau intensifier le désarroi de son héroïne que nous y sommes insensibles.

C’est que la réalisatrice tend à nous fondre au ressenti de Luce tout en nous rendant témoin de sa folie. Si le pari est osé, les choix de mise en scène et de montage conduisent à une cruelle et indépassable distanciation et rendent de nombreuses scènes plus pathétiques qu’elles ne sont balourdes. Nous aurions pu être les complices de Luce – à l’instar notamment de la démarche de Martin Scorsese avec SHUTTER ISLAND – or nous ne sommes que les tristes spectateurs de ses agissements.

Passons sur les séquences éculées à l’instar d’une occurrence miroir dépourvue de finesse, les plans subjectifs éprouvants et la cohérence très approximative de la photographie et du son. Toutefois si Delphine Noëls amasse une multitude d’idées développées avec plus et (franchement) moins de réussite, elle a le mérite de nourrir son propos – certes confus – d’une démarche cinématographique. C’en est dès lors que plus rageant de voir son film aux portes de l’expérimentation s’épuiser à force de tendre à la plus pathétique narrativité.

Post Partum - affiche

POST PARTUM
•/♥
Réalisation : Delphine Noëls
Belgique / France / Luxembourg – 2013 – 96 min
Distribution : PAUL THILTGES DISTRIBUTIONS
Drame

Brussels Film Festival 2013
FIFF 2013 – Compétition Emile Cantillon
Ramdam 2014

Post Partun, Mélanie Doutey

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