Possessions

On 06/03/2012 by Nicolas Gilson

Basé sur l’affaire Flactif*, POSSESSIONS met en scène un fait divers déroutant. Eric Guirado se l’est approprié en imaginant le quotidien des deux familles qui vont être touchées par ce drame (renommées Caron et Castang) et en se concentrant principalement sur l’une d’elles (les Caron). Il met ainsi en place une dynamique intéressante d’observant-observé tout en fondant le regard du spectateur à celui, dominant, des Caron. Ceux-ci sont admirablement interprétés par Julie Depardieu (Marilyne) et Jérémie Renier (Bruno). La caractérisation des protagonistes est fine au point que de nombreux détails sont vecteurs de sens – du maquillage de Marilyne en passant par ses goûts musicaux, du ventre de Bruno à sa passion du tuning – sans pour autant être misérabilistes.

Marilyne et Bruno Caron quitte le nord de la France pour s’installer avec leur jeune fille dans un chalet à la montagne où Bruno a trouvé un travail de mécanicien. Arrivés sur place à bord de leur voiture tunée, les Caron sont logés dans un chalet de haut standing car des travaux sont toujours en cours dans celui qu’ils louent. Un inconfort passager qui est loin d’être inconfortable. Et lorsque leur nouveaux propriétaires, Patrick et Gladys Castang, engagent Marilyne comme femme de ménage, le déménagement semble idyllique. Mais si Maryline et Bruno sont admiratifs du train de vie des Castang au point de rêver être leurs amis, très rapidement cette admiration se transforme en jalousie voire en haine…

Si la ligne narrative est claire et intelligible, en esquissant une évolution psychologique évidente, le scénario (co-écrit avec Isabelle Claris) manque ponctuellement de cohérence – de nombreux éléments sont mis en place sans être ensuite exploités, à l’instar de Bruno buvant du coca car il est « allergique » à l’alcool mais qui boit ensuite de l’alcool sans que cela n’ennuie personne – et surtout ne permet pas d’envisager le basculement capital qui est pourtant le moteur de l’action. Les motivations s’inscrivent peu à peu alors que l’élément déclencheur paraît bien maigre – atrocement.

Toutefois, dans son approche du fait-divers, Eric Guirado émet une critique virulente à l’égard de la télévision (ou plus précisément de la publicité mère de désirs, de besoins et berceau de jalousie) et face à plusieurs mécanismes de surendettement. Et s’il ne donne pas les clefs pour comprendre les gestes – soient-ils décisifs – de ses protagonistes au-delà de l’évolution monstrative de leurs sentiments, il définit une série de conditions sociales voire sociétales ayant pu conduire au drame. Malheureusement, son approche esthétique, et notamment photographique, est souvent bien pauvre.

Tantôt avec finesse, tantôt sans réussite, le réalisateur met en place un climat de tension qui laisse présager l’horreur. Ainsi une dynamique de gros plans, l’importance des regards ou encore des silences participent à la définition d’un climat étrange et redoutable. Une sensation cependant renforcée de manière balourde avec des séquences de « liaison » sans intérêt ou encore avec un conditionnement sonore platement démonstratif.

C’est une impression duale qui s’impose face à l’ensemble du film : très bon en certains points, décevant à plusieurs niveaux mais toujours riche en ce qui concerne le jeu des acteurs qui font corps – et c’est le cas de le dire – avec les personnages.

*Ne pas en dévoiler les faits est volontaire.

POSSESSIONS
♥(♥)
Réalisation : Eric GUIRADO
France – 2012 – 98 min
Distribution : Lumière
Drame / Thriller

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