Porfirio

On 03/09/2012 by Nicolas Gilson

PORFIRIO est le superbe portrait d’un colombien qui, paralysé à cause d’une balle perdue d’un policier, se révolte. Le film met en scène le récit authentique de Porfirio Ramirez qui , comme son procès contre l’Etat n’aboutissait pas, a détourné un avion en 2005. Le pirate en fauteuil roulant, sa femme ou encore son fils y interprètent leur propre rôle. Les contours de la fiction sont dès lors, d’emblée, troubles et flirtent, dans la captation des relations humaines, avec le documentaire.

Si le geste posé par Porfirio Ramirez est à l’origine du film, celui-ci n’en est pas le moteur. Alejandro Landes dépeint avec sensibilité et de manière très respectueuse le quotidien de l’homme afin de créer une dynamique permettant au spectateur de s’y projeter. Et derrière la ritualité mise en scène, s’impose avec force, en sous-texte, un regard critique sur le devenir de la société chilienne.

Alejandro Landes semble poser sa caméra en observation, privilégiant la fixité du cadre, la frontalité et une certaine séquentialité. Les rares mouvements opérés font sens : ils épousent ainsi, à quelques reprises, les déplacements induits par le protagoniste ou suggèrent une dimension onirique qui tient de l’envoûtement et qui ne peut que conduire aux sensations.

Comment Porfirio peut-il s’imposer comme père alors qu’il est dépendant de son fils pour aller aux toilettes ? Comment peut-il encore séduire et contenter sa compagne ? Le regard qui est porté sur la vie de Porfirio Ramirez est d’une extrême chaleur. Alors qu’il n’épargne pas au spectateur ce qu’engendre la situation dans laquelle se trouve le protagoniste, Alejandro Landes capte et met à nu avec brio les relations que Porifirio entretient avec son fils et avec sa compagne. Si ces relations souffrent inévitablement de l’état paralytique de l’homme, celui-ci partage des moments de pure complicité tant avec son fils qu’avec celle qui est encore et plus que jamais sa maîtresse.

En parallèle, au sein de la ritualité mise en place, c’est la fatigue de Porfirio dans les démarches qu’il mène afin que son combat aboutisse qui est mise en scène. L’attente est ainsi exacerbée et rendue palpable avant que Porfirio ne se décide à agir comme il le peut…

L’approche est intelligente tant dans l’écriture que dans la mise en scène et Alejandro Landes signe sans conteste un film d’une rare maîtrise. Le réalisateur parvient à trouver la juste distance et évite tout jugement ou le moindre misérabilisme grâce à la combinaison d’une brillante dynamique de cadrage et d’un habile montage. Admirable.

PORFIRIO
♥♥♥
Réalisation : Alejandro LANDES
Mexique – 2010 – 101 min
Distribution : Lumière
Drame

Comments are closed.