Polisse

On 13/05/2011 by Nicolas Gilson

POLISSE est un film pour le moins dual, à la fois très juste et vainement sentimentaliste. Il est une admirable intrusion dans le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM) qui repose sur la découverte d’une galerie de personnages qui n’en forment au final qu’un seul : la brigade en tant que telle, et au-delà le corps policier. L’univers qu’il nous est proposé de découvrir est une photographie pertinente d’un « envers du décor » qui devient un réel témoignage de et sur la société. Mais POLISSE est aussi un film dont la force première ne cesse de s’effriter à mesure que la réalisatrice s’égare dans une mièvrerie sentimentale qui tente de s’immiscer dans l’intimité de certains des protagonistes. Maïwenn témoigne aussi d’un d’un rare égocentrisme dans une complaisance plus que certaine à se mettre en scène.

L’approche esthétique n’est pas cohérente. Les choix de la réalisatrice manquent de clarté, de radicalité aussi. Elle ne cesse d’osciller (d’hésiter?) entre une approche réalistico-documentaire au sein de laquelle la caméra court derrière l’action, les réactions, et une mise en scène plus marquée, trop marquée tant elle apparaît fausse. Ecriture et montage général ne fonctionnent pas. Cadrage et lumière manquent au final de fluidité tant les contrastes sont nombreux. La musique sert de pure mise en condition et ancre une vive dimension fictionnelle… Par contre l’interprétation est d’un bout à l’autre du film admirable – le casting est prodigieux, sauf en ce qui concerne Maïwenn qui ne cesse de surjouer. La caractérisation des protagonistes est intelligente et se marque dans des détails tantôt (trop) frappants, tantôt discrets.

Il est incontestable que POLISSE est composé de séquences écrites, dialoguées et dirigées brillamment, et ce même si l’écriture globale du film ne fonctionne pas. L’hypothèse de groupe, le rendu des interventions, l’intimité entre collègues, les tensions du et au travail, la réalité d’un quotidien commun et, surtout, les différents procès verbaux apparaissent d’une rare justesse. Toutefois la réalisatrice ne se cantonne pas à cette photographie réaliste. Elle esquisse une choralité qui ne fonctionne pas, s’égare sur certains personnages en s’immisçant dans leur intimité « en-dehors » du travail, et cela et proprement bancal. Elle ne cesse de quitter la radicalité première de son approche… Et lorsqu’elle met en scène sa propre famille – nombriliste, Maïwenn ? -, tout dérape de manière irrémédiable.

Interviews : Karine Viard / Marina Foïs

POLISSE
♥(♥)
Réalisation : Maïwenn
France – 2011 – 127 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

FIFF 2011 – Regard du Présent

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