Police, Adjective (Politist, Adjectiv)

On 14/04/2010 by Nicolas Gilson

Alliant une brillante écriture et une parfaite maîtrise de la mise en scène POLICE, ADJECTIVE est un film d’une force rare qui au travers du quotidien de Cristi, un policier roumain, permet d’envisager une pleine société. Le spectateur est confronté aux gestes du jeune homme avant de faire corps avec lui ; avant d’en partager la réflexion et le désarroi.

A mesure que celui-ci avance dans une enquête concernant la consommation de hachis par un adolescent, il prend ses distances quant à la logique même de la loi voulant qu’elle soit réprimée d’une peine d’emprisonnement de sept ans. Considérant cette règle archaïque, il refrène à intervenir. Il se permet une appréciation, un jugement de la situation bien personnel : il se met en marge des règles imposées par sa fonction. Ce faisant, il remet en cause non seulement celle-ci mais l’ordre légal. Il permet au spectateur d’envisager au-delà d’une banale situation quelque peu aberrante la mutation d’une entière société.

Ce parcours psychologique prend admirablement vie dans un sous-texte à la fois visuel et interactif : les gestes du protagonistes, ses rares échanges dialogiques et la sensation du temps qui s’écoule, qui s’épuise, permettent au spectateur d’atteindre son ressenti. Aucune mise en condition sonore ou musicale, aucun effet visuel : c’est au travers de la sobriété d’une captation réaliste privilégiant les détails du quotidien que le réalisateur conduit le spectateur à cette rencontre.

Plus encore le réalisateur ancre une réelle dimension métadiscursive au sein même de la banalité du dialogue entre Cristi et sa conjointe. Tandis qu’elle l’interpelle par rapport à une faute d’orthographe dans son rapport – écrit à la main, témoignage d’un fonctionnement bien désuet – Cristi prend conscience de l’évolution de la langue et de la grammaire face à l’usage : son erreur repose sur un changement récent établi par l’académie roumaine. L’évolution de la langue s’impose à lui – et au spectateur – comme un révélateur.

Les états d’âme du policier ne cadrent pas avec sa fonction et ne plaisent pas à son supérieur : pour lui il n’est pas question d’envisager la désuétude des lois mais de les appliquer. Une terrible séquence, emplie de tension, proprement déroutante place alors le spectateur face à leur confrontation. Celle-ci s’établit sur base d’un échange d’une démonstration abjecte du poids de l’autorité. La sobriété de la mise en scène devient renversante. Le parcours réflexif de Cristi prend pleinement sens et ne peut que perturber le spectateur jusqu’à le déchirer.

Toutefois l’élément le plus troublant vient de la théorie de l’iceberg esquissée : derrière l’un se trouve le multiple. Corneliu Porumboiu dépeint dès lors avec amertume la société Roumaine. – N Gilson

POLICE, ADJECTIVE
***
Réalisation : Corneliu PORUMBOIU
Roumanie – 2009 – 114 min
Distribution : BFD
Drame

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>