Pina

On 26/04/2011 by Nicolas Gilson

Avec PINA Wim Wenders propose une expérience à la fois sensible et sensitive. Un film « pour » Pina Bausch bien plus que sur elle tant il ne s’agit ni de la raconter ni de penser son théâtre. Le réalisateur met à nu son travail avec la complicité de ses danseurs. Il s’agit de rencontrer un univers, de le pénétrer tout en se laissant soi-même envahir par lui. L’emploi de la 3D est non seulement pertinent mais aussi captivant. PINA est un film époustouflant.

L’ouverture se fait au cœur de la salle du théâtre où danse l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal – la troupe de Pina Bausch. Le spectateur ne peut qu’assimiler le statut qui est le sien. D’emblée il est question d’évocation et de voyage, de projection : Pina n’est plus mais demeure plus que vivante, perceptible, à travers la perpétuation de son travail, au sein et au fil des mouvements chorégraphiés. Wim Wenders n’a que peu de documents filmés sur lesquels s’appuyer – ceux-ci prennent place de manière diverses, se fondant au montage ou étant projetés au cœur du film. Si bien que pour le film, la troupe de Pina Bausch danse pour Wim Wenders, pour sa caméra.

Le réalisateur immortalise pour la première fois une compilation de l’œuvre de la chorégraphe. Grâce à la technologie 3D et à des choix de captation et de découpage judicieux, il permet à la fois de tendre à l’impression de découvrir manière réaliste les mouvements mais aussi de fondre le spectateur à ceux-ci. Il s’agit dès lors tant de découvrir le spectacle que de faire corps avec lui.

Les chorégraphies prennent place sur scène mais aussi dans le décors de la cité ouvrière de Wuppertal où Pina avait élu résidence. Métro suspendu, entrepôt, parc ou rue deviennent, plus que le théâtre, les témoins d’un travail qui est inscrit dans la vie même de la ville. Ainsi Win Wenders donne un écho singulier à l’œuvre de Pina. Les gestes chorégraphiés s’inscrivent dans le quotidien. La répétition des gestes prend sens. Le rapport à la matière aussi. La sensibilité première du travail de la troupe de Pina Bausch semble trouver une complétude parfaite dans l’approche du réalisateur.

L’évocation se fait aussi par le biais de témoignages. Wenders rencontre les danseurs de cette troupe originale dont la pluralité des âges est identitaire. Chacun raconte sa Pina : la seule logique est d’être vrai, juste… bref, de se livrer sans chercher à délivrer une information. Aussi les témoignages sont souvent anecdotiques mais ils permettent d’esquisser le portrait d’une femme sensible et aimée.

De manière systématique les différents témoins sont « pétrifié » au sens photographique : ils font face à l’objectif tandis que leur témoignage vocal, enregistré indépendamment, défile. Certains regardent fixement l’objectif, d’autres le fuient. Certains parlent aisément, d’autres préfèrent le silence. Toutefois cette approche – bien que tirant quelques fois en longueur de par son systématisme – a pour intérêt de renforcer la force de cette évocation. Les témoins sont mis à nus de manière troublante : grâce à cet exercice, Wenders parvient à rendre palpable leur émotion tout en maintenant une distance respectueuse. Le réalisateur met en place une curieuse complicité entre le spectateur et ces témoins qui dansent par ailleurs pour lui.

PINA est une œuvre enivrante et délicate. Un singulier bijou pour l’écrin que peut être le cinéma.

PINA
♥♥♥(♥)
Réalisation : Wim WENDERS
Allemagne – 2011 – 103 min
Distribution : Cinéart
Documentaire
EA

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