Pierre Duculot : Entrevue

On 01/10/2011 by Nicolas Gilson

Pierre Duculot a un débit de parole rapide. Il conte avec simplicité. Il partage son vécu, son ressenti, sans détour ni faux-semblant. AU CUL DU LOUP est son premier long-métrage dans lequel il offre à Christelle Cornil son premier rôle principal. Rencontre.


J’ai été très surpris de mettre votre visage sur votre nom. Toute personne qui fréquente le Festival de Namur ou celui du Court-Métrage de Bruxelles vous connaît de vue.

Oui, je fais l’animateur. Je vais à Namur depuis 1991, 1992.

Vous êtes fort impliqué dans le cinéma Belge.

C’est un peu complexe à définir. Je travaillais comme prof de communication à Marcinelle. Avec mes élèves ont s’est retrouvé à travailler en stage sur des trucs comme Namur, comme Mons et puis j’ai fait un peu de « piges ». Donc en mettant tout ça bout à bout, j’ai finis un jour par co-écrire des scénarios avec des gens du court-métrage et par écrire les miens. Mais ce n’était pas un plan de carrière. A priori, moi j’étais un peu un prof qui faisait du ciné club.

A plus de 40 ans j’ai fait un premier court-métrage un peu pour voir. Tout le monde me disait que le scénario était bien. Il faut essayer. C’est DORMIR AU CHAUD. J’avais vraiment très peur du plateau parce que je n’avais jamais fait que donner un coup de main à des copains pour ranger un camion sur un plateau. Et j’ai trouvé ça passionnant. Puisque le premier s’est vraiment bien passé, comme j’en avais un deuxième qui était écrit, LE DERNIER VOYAGE, il s’est fait quasiment dans la foulée. Après tout : « aux innocents les mains pleines », puisque ca se passe bien, si j’ai fait un court-métrage pourquoi je ne ferais pas un long ? Et tant qu’à en faire un, je fais un truc que j’ai envie de faire, qui me ressemble et qui parle des gens et des lieux que j’aime bien. J’ai mis tout ça dans une grande moissonneuse et j’en ai fait un film.

Et il était facile à monter, financièrement?

C’est le producteur, Denis Delcampe, qui est venu me chercher. Il avait vu le film DORMIR AU CHAUD au Festival du court-métrage de Bruxelles. C’est un producteur discret, on ne le voit pas beaucoup dans les mondanités. Par contre, il voit beaucoup de films belges et il cherche des réalisateurs. Il m’a demandé si j’avais un projet de long. A l’époque c’était 20 pages, et encore c’était un joyeux bordel ! Il m’a dit que ca méritait d’être développé et il nous a obtenu l’aide à l’écriture. A partir de là, ça s’est fait. Le film a été écrit en pensant que ce sera Christelle à 30 ans. Donc on s’était dit on voit ce que l’on a en un an, un an et demi de financement et si c’est suffisant on le fait . C’est pas un gros budget mais on a gardé l’énergie . C’est un projet qui n’a pas mis 10 ans à se monter, qui n’a pas changer quatre fois de producteur et qui n’a pas changer cinq fois de castings.

Le rôle a été écrit pour Christelle.

Tout à fait. C’était clair d’entrée de jeu dans ma tête. C’est la première motivation du film. C’est un personnage qui peut lui ressembler à 30 ans avec sa naiveté et avec ses emportements.

On retrouve dans votre film des têtes que l’on aperçoit souvent dans le court-métrage belge.

C’est la que je vais me disputer avec mes confrères. Pourquoi tous les cineastes belges qui font des court-métrages vont trouver les bons comédiens et puis, quand ils ont un budget de long, sous raison de coprod avec la France, décident de prendre « machin » qu’on ne connait pas plus mais qui a fait deux petits films d’auteur en France. Parce que le producteur dit que les comédiens belges sont biens mais que lui, il est tellement au dessus. Mais à un moment donné, tous ces gens qui ont fait des court-métrages à 50 euros par jour, chez moi et chez plein d’autres, quand je passe au long c’est normal de penser à eux.

Comment avez-vous envisagé la direction d’acteur ?

Avec Christelle, on a bossé quasiment un an, une fois par semaine au moins, à se mettre le dialogue en bouche, à s’inventer qui était le personnage, pour qu’une fois sur le plateau, elle sache qui elle est. Et malgré ça il y a des petites rectifications que je fais. A partir du moment où un comédien s’empare du personnage, ca devient difficile de le faire sortir de ce qu’il a construit. Avec Jean-Jacques (Rausain) qui joue son petit ami je voulais qu’ils aient l’air d’un vieux couple. Je les ai fait beaucoup répéter ensemble pour qu’ils ne se regarde plus, pour qu’ils aient l’air de se connaitre depuis toujours. Pour le personnage de Francois Vencentelli, ça devait être comme le mystère, un peu inquiétant. Alors on a joué complètement le contraire. Ils ne se sont quasiment pas vu avant. Ils se connaissaient très peu. Christelle avait un coté un peu intimidée face à lui et ça m’arrangeait bien. J’aimerais beaucoup plus répéter. Déjà sur les courts métrages, je trouvais que l’on n’avait pas assez de temps. Sur le long métrage je pensait pouvoir avoir plus de temps… mais non, c’est pas vrai.

Le temps sur un plateau, c’est le plus grand des luxes, non ?

Oui, c’est le plus grand luxe, quand je vois qu’ils ont eu 70 jours pour faire LE GAMIN AU VELO, je fantasme. On a fait le film sur deux pays en 32 jours avec le bateau, le train, le matériel à monter sur des ânes en montagnes… Le vrai luxe sur un film pour moi, ce n’est pas de se dire que l’on va pouvoir mettre un rail circulaire et filmer le dialogue en tournant, ça c’est bon pour le Commissaire Navaro, je m’en fous. C’est vraiment de me dire j’ai le temps. Les Dardenne c’est comme ça qu’ils font, ils ont le temps. Ce n’est pas tout le monde qui peut s’offrir ça.

Tout les jours je me disais que je suis le cinéaste le plus poissard du monde. J’ai eu des emmerdements sur ce film tu ne peux pas t’imaginer. Quand on a commencé en Corse plus aucun avion ne décollait : pas de cadreurs, pas de scripts ; le car des comédiens bloqués à Paris, le matériel en partie et les gens qui se tapaient 900 kilomètres d’autoroutes, des bateaux à Bastia, à Nice ou à Marseille. Théoriquement dans la seconde partie du film, il est censé faire beau tout le temps. Et voila qu’il se met à faire moche en Corse mais moche, moche : 17 jours de pluie. Et quand je dis pluie, pas un petit crachin. Mais quand tu discutes avec les autres réalisateurs, ils te disent que c’est ça un tournage, tout les jours tu as une merde. Donc il faut apprendre à gérer et vivre philosophiquement avec. Finalement ça s’est bien passé y’a un film à l’arrivée et ça va.

Dans DORMIR AU CHAUD il y a cette importance de la relation aux anciens, qui est très présente ici aussi.

On est une société qui a un peu cassé l’intergénérationnel. C’est un sujet qui m’intéresse.

C’est l’un des enjeux du film aussi.

Oui clairement. C’est aussi un film sur la transmission. Je pense que quand les gens ne savent pas d’où ils viennent ils ne sont pas bien. On a besoin de ses racines pour grandir.

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>