Perfect Mothers

On 01/04/2013 by Nicolas Gilson

Anne Fontaine adapte avec la complicité de Christopher Hampton (co-scénariste de COCO AVANT CHANEL) le roman de Doris Lessing « Les Grand-mères » (The Grandmothers). Le titre du film, TWO MOTHERS (qui devient PERFECT MOTHER en territoires francophones), laisse transparaître l’angle d’approche qu’elle adopte et autour duquel son axe narratif semble se développer. Toutefois les quatre principaux protagonistes de la relation incestueuse qu’elle met en scène confèrent au film autant de points de vue sans que pour autant la réalisatrice ne tende à les développer, inscrivant au final son propre regard sur une situation qu’elle appréhende avec une totale superficialité.

Two Mothers - Perfect Mothers

« - You have everything you need ?
- No. »

Deux fillettes courent vers une plage idyllique et nagent vers un ponton flottant au large. Cette complicité juvénile fait déjà place à celle de deux femmes adultes et apparaît dès lors totale. De la joie au deuil, la découverte de l’amitié des unes conduit à celle de leurs enfants – avec cette même logique de complicité aquatique soulignée musicalement et permettant un saut dans le temps. En quelques séquences, le décor est posé avec efficacité : Lil (Naomi Watts) et Roz (Robin Wright) ont une relation fusionnelle qui trouve un curieux écho dans celle qui lie leurs fils uniques, Ian (Xavier Samuel) et Tom (James Frecheville). Lorsque ceux-ci sont âgés de 18 ans, elles semblent se rendre compte (lors d’un échange dialogique tout à fait naturel – si, si) qu’ils ressemblent à des dieux – merci la salle de fitness. Censé veiller sur Tom et profitant de l’absence du mari de Roz, Ian embrasse en pleine nuit la meilleure amie de sa mère. Un baiser coupable qui les conduit pourtant à coucher ensemble. Témoin de ces étreintes Tom décide de devenir l’amant de Lil…

Perfect Mothers - Ian et Roz

Petit précis des artifices léchés

Moult éléments sont esquissés comme la base de cet étrange quatuor : du désir inavoué des femmes l’une pour l’autre (une possible homosexualité ancrée à gros traits et jamais développée) à celui des enfants pour leur propre mère, de la jalousie à l’interdit-même… Toutefois, faisant preuve d’une approche en tout point superficielle, Anne Fontaine s’intéresse à la situation sans jamais développer les profils psychologique des protagonistes. Ainsi l’attirance de Ian pour Roz est dessinée à gros traits et, lorsque le couple se forme et se consomme, le questionnement des protagonistes quant à leur geste n’intéresse aucunement la réalisatrice. Il s’agit de passer d’un couple à l’autre, d’engendrer sur la base d’une jalousie malsaine elle-même non développée la naissance d’une passion miroir. Seule l’amitié entre les femmes et leurs enfants semble lourdement capter l’attention de la réalisatrice mais à nouveau de manière simpliste et platement démonstrative. Si ce n’est avec balourdise et insistance pathétique, aucun développement psychologique ne trouve sa place dans le film… Le regard neutre de la réalisatrice se meut en jugement de la part des protagonistes quant à leur propre situation afin de cadrer à nouveau avec la « communauté », de rentrer dans la norme ou/et la raison.

Bien que le scénario comporte de nombreux éléments captivants, le développement narratif n’est guère convainquant : Anne Fontaine passe tout bonnement à côté du sujet de son film en composant avec acuité un tableau (dé)monstratifs in fine désolant.

A la complète superficialité de l’écriture répond une approche esthétique pleinement monstrative. L’artificialité de l’ensemble n’a de cesse de s’imposer : présente en chaque élément de l’écriture, elle est palpable dans les intentions de jeu et la mise en scène, se retrouve dans les décors et les costumes, et est assise par un montage à la fois habile et balourd tant il devient systématique notamment dans l’enrobage musical tout atmosphérique.

Photographie et cadrage, aussi superbes qu’apparents, laissent place à une impression constante de cartes postales paradisiaques et irradiantes au sein desquelles les protagonistes déambulent comme magnifiés par leur propre beauté. Tout est lisse, merveilleux et magnifique. Au coeur de ces images d’Epinal, l’interprétation de l’ensemble des protagonistes n’a que peu de crédit tant tout apparaît chorégraphié. Les intentions sont palpables au point que, malgré le manque de développement psychologique, la réalisatrice parvient à transcender le pathos des personnages – une pensée émue au regard mouillé de Naomi Watts.

Ainsi lorsque l’ivresse sublimée par la luminosité et soulignée par les renforts musicaux fait place à la colère, les sentiments négatifs trouvent un écho dans la présence de nuages de le ciel, l’absence de soleil ou d’enrobage musical. Un contraste dont efficacité manque cruellement de finesse. Une récurrence tout au long du film à l’instar de cette pomme qui se place dans le décor, se croque ou se partage en quatre…

Perfect Mothers - Lil et Tom

TWO MOTHERS
PERFECT MOTHERS

Réalisation : Anne FONTAINE
France / Australie – 2013 – 100 min
Distribution : Victory Productions
Drame

Perfect Mothers - Affiche

Perfect mothers - Two Mothers

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