Interview : Pauline Etienne

On 04/10/2014 by Nicolas Gilson

Dans TOKYO FIANCEE de Stefan Liberski, Pauline Etienne incarne le double littéraire d’Amélie Nothomb. Un personnage enfantin, espiègle et rêveur qui devient femme permettant de révéler une maturité certaine de la comédienne. Dans les rues de Namur où elle est venue présenter le film en ouverture du 29 ème FIFF, elle arbore un large sourire et témoigne d’une vivifiante fraîcheur dans une tenue qu’elle a imaginée avec Alice Delétoille en clin d’oeil à l’affiche du film. Rencontre.

Comment êtes-vous entrée dans l’aventure de TOKYO FIANCEE ? - Le plus simplement du monde : j’ai d’abord rencontré Stéfan (Liberski) et après j’ai passé le casting. C’était il y a trois ans et ça s’est super bien passé. Du coup il m’a proposé le rôle et j’ai dit oui. On devait tourner peu de temps après mais il y a eu le tsunami, donc le film a été reporté. Stefan a intégré le tsunami et Fukushima dans l’histoire car il estimait qu’il ne pouvait pas parler du Japon sans les évoquer.

Vous connaissiez l’univers d’Amélie Nothomb ? - J’avais lu d’autres roman. Je n’ai toujours pas lu « Ni d’Eve ni d’Adam ». Mais, adolescente, j’en avais lu pas mal.

C’était une volonté de ne pas le lire ? - Au départ, non. Et puis, après, je me suis dit que je n’avais pas envie parce que je préférais rester sur TOKYO FIANCEE. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Pauline Etienne FIFF 2014 © Fabrice Mertens

Pauline Etienne FIFF 2014 © Fabrice Mertens

Comment avez-vous travaillé le rôle. - On a beaucoup travaillé avec Stéfan ; on a fait beaucoup de lectures ; on a parlé du personnage. De mon côté, j’ai pris le son d’un documentaire sur Amélie que j’ai mis sur mon Mp3 et je l’ai écouté en boucle durant plus d’un mois. Je me suis dit que ça pourrait servir… Après je voulais trouver une façon de marcher, de me mouvoir… J’ai essayé plein de petites choses qui ont fait que c’est Amélie – pas Amélie Nothomb mais Amélie.

Il y a des scènes de sexualité dans le film qui sont très belles. - C’est très gracieux. C’est là où l’on voit toute l’évolution du personnage sur le passage de la jeune fille à la femme où elle doit accepter le monde dans lequel elle vit. Et surtout elle comprend aussi que, peut-être, elle s’est trompée.

La mise à nu du personnage est aussi effective. Ici aussi aucune appréhension ? - J’ai commencé le cinéma avec Joachim Lafosse (rires). Disons que mon premier film m’a un peu permis de passer au-dessus de ça. Effectivement, c’est mon corps. Mais personne n’est là pour le juger – et ceux qui le font sont débiles. Du moment que ça sert le film… Et c’est beau ! Il y a des scènes très très très belles. Moi ça ne me dérange pas du tout.

Il y a une grande place accordée au commentaire et à la narration en voix-over dans le film. - La voix-off est arrivée après. C’est Stefan qui l’a écrite. On a fait une première session mais ça ne marchait pas du tout. Du coup, il a réécrit une voix-off.

tokyo_fiancee_09

Plusieurs scènes oniriques ponctuent le film et se révèlent complètement ludiques. - C’est quelque chose qui nourrit énormément l’univers d’Amélie. C’est la projection de son imagination et de son esprit un peu dingue. Ça a été tourné en Belgique, le dernier jour du tournage, sur un fond vert. Les décors ont été incrustés après mais les costumes sont de vrais costumes : le kimono de mariage est un vrai kimono qui a été mis dans les règles de l’art par une japonaise.

Le tournage vous a permis de découvrir le Japon. - C’est un pays incroyable. Comme Amélie, je suis tombée amoureuse de ce pays. C’est très agréable de se retrouver face à des gens respectueux. C’était très agréable d’être là-bas.

Tokyo correspondait-elle au possible fantasme que vous en aviez ? - On peut s’imaginer tout ce que l’on veut, ça n’a rien à voir avec la réalité. C’est démesuré.

On vous y trouvait très mature pour quelqu’un de 15 ans ! - (Rires) J’avais les cheveux très courts et c’est vrai que, sur certaines photos, je fais effectivement 15 ans et les japonnais étaient très impressionnés. Ils disaient tout le temps « Kawasaki Kawasaki » ce qui veut dire mignon en japonnais.

Vous étiez plutôt entre membres de l’équipe de tournage ou vous avez pu découvrir la ville ? - On est parti à 12, donc ce n’était pas du tout un monde de tournage. On était accompagnés de chauffeurs parce qu’on n’avait pas le droit de conduire là-bas. Quatre ou cinq chauffeurs nous ont accompagnés pendant six semaines et ils nous ont un peu emmenés dans des bars, des restaurants… Taichi, le comédien qui joue Rinri, a habité à Tokyo donc il connait assez bien la ville.

Tokyo Fiancée © Films distribution

Comment vous êtes-vous organisés par rapport aux langues ? - Pour lui, ça a été compliqué parce qu’il ne parle pas français du tout. Il a appris le texte en phonétique. Il a eu un coach de français. Sur le tournage il essayait de se repérer avec mes fins de phrase. (…) J’ai essayé d’apprendre (le japonnais). Je sais ce que veulent dires les mots que je dit mais c’est beaucoup de répétition.

Il y a une scène chantée complètement improbable qui assoit la « belgitude du film ». Vous n’aviez pas d’appréhension par rapport à cette séquence? - J’ai proposé à Stefan de changer le texte de la chanson (ndlr « J’aime la vie »). J’en ai eu l’idée parce que cette chanson a été, pour moi, un hymne sur LA RELIGIEUSE. Elle me donnait de l’espoir et on la mettait souvent dans les loges avec la maquilleuse et l’habilleuse. Je me suis dit que c’était chouette de faire ce clin d’oeil et Stefan a accepté. Et c’est vrai que ça marche très bien dans le film.

Vous évoquez LA RELGIEUSE. Vous y incarnez encore une jeune fille qu’on n’empêche de devenir femme ou qui se cherche en tant que femme, tandis qu’il y a ici un passage. - Enfin. C’est dingue parce que ça va avec ma vie : enfin on me permet de passer à autre chose. J’espère que les prochains rôles seront plus du côté de la femme que de la jeune fille.

Vous avez des envies de cinéma ? - Peut-être juste sortir de « la jeune fille » et passer dans des rôles plus matures. Après on verra ce qu’on me propose. Il y a déjà pas mal de projets, on verra ce qu’il en ressort.

On vous a vu l’an dernier au FIFF dans DEUX AUTOMNES, TROIS HIVERS. - Je n’ai même pas encore vu le film. J’aime vraiment le réalisateur et j’ai bien aimé tourner avec lui mais je n’ai toujours pas eu l’occasion de le voir.

Vous ne courrez pas derrière votre image. - Pas du tout. J’essaie même de m’en protéger parce que ça peut faire énormément de mal. Au début j’ai fait cette erreur-là et j’ai vu à quel point ça peut faire souffrir.

Pauline Etienne FIFF 2014 © Marianne Grimont www.fiff.be

Taichi Inoue, Pauline Etienne & Stefan Liberski FIFF 2014 © Marianne Grimont

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