Pauline Burlet : Entrevue

On 17/05/2013 by Nicolas Gilson

A l’affiche du film LE PASSE de Asghar Farhadi, la jeune actrice belge Pauline Burlet y interprète le rôle de Lucie, une adolescente en pleine crise qui refuse de dialoguer avec sa mère. Bien que secondaire ce personnage apparaît rapidement être le moteur du scénario tant il cristallise les enjeux d’une situation à laquelle tous doivent faire face. Rencontre.

Pauline Burlet - Le passé

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ? - Marion Cotillard devait à la base faire le rôle de Bérénice (Bejo). Étant donné que j’avais joué Marion Cotillard petite dans LA MÔME, j’ai dit à ma mère de directement envoyer mes photos. Il ont appelé en disant qu’ils avaient pensé à moi mais que le casting était en cours. J’ai fait des castings, j’ai rencontré Asghar et puis voilà.

Où aviez-vous eu l’information sur Marion Cotillard ? - Sur Internet. Je n’avais pas d’agent à ce moment-là. C’est ma mère qui a toujours cherché pour moi.

Il y a eu plusieurs castings ? - Il y en a eu deux et puis on a fait un essai maquillage et coiffure dans les bureaux de la production. Ce jour-là, Asghar m’a pris dans son bureau et m’a demandé si j’étais prête à assumer ce rôle – parce que je n’avais pas encore lu le scénario. J’ai dit oui tout de suite.

Comment s’est passé la rencontre avec Asghar Farhadi ? - Ça s’est bien passé malgré qu’on ne parle pas la même langue, ce qui met une distance mais à la fin on vit avec. Lors du premier casting qu’on a fait ensemble, il m’a fait jouer un garçon ce qui m’a tout de suite mis dans le bain. C’était difficile mais quand on apprend à connaître Asghar, c’est tout à fait normal. Il est comme ça, il est dans l’extrême et il cherche à déstabiliser.

Aviez-vous vu ses précédents films ? - Non. Je ne connaissais pas Asghar Farhadi parce que je ne suis pas vraiment cinéphile. Donc une fois qu’il m’a choisie, il m’a donné les DVDs de ses films. Quand je les ai regardé je me suis dit : « bon, c’est quoi ce cinéma ? ». Et même quand j’ai vu LE PASSE, je me suis dit « c’est quoi ce film ? ». Mais c’est vraiment un cinéma qui permet au spectateur de réfléchir et d’imaginer le film comme il le veut parce que Asghar n’oblige pas à suivre l’histoire. Il laisse des points d’interrogation et c’est au spectateur de réagir et de réfléchir, et je trouve ça très intéressant.

Est-ce que le film, par rapport au scénario et au tournage, correspond à l’image que vous en aviez ? - Le fil conducteur de l’histoire est toujours là. Asghar savait exactement ce qu’il voulait, où il voulait aller, ce qu’il voulait donner et le message qu’il voulait faire passer.

C’est un tournage qui a demandé beaucoup de préparations. - On a eu deux mois de répétitions à raison de trois par semaine durant trois heures. Ça a été conséquent. On a créé des liens entre comédiens. On a par exemple été un jour tous ensemble dans un parc d’attractions pour vraiment faire comme si on se connaissait depuis des années. Je crois que c’est important.

Un traducteur devait être présent sur le tournage. - Oui. Il était vraiment indispensable au début. Bien qu’au bout du quatrième mois de tournage, on pouvait faire sans lui, on se comprenait. Les yeux, le regard, les gestes… je comprenais.

Bien que secondaire le personnage de Lucie peut être considéré comme le moteur de l’intrigue. - C’est un peu le problème du film. C’est pour ça que j’ai eu autant de « pressions » de la part d’Asghar. Il m’a vraiment fait confiance et il m’a laissé donner ce que je pouvais et tout ce que je voulais parce qu’il tenait vraiment à ce personnage. Et il tenait vraiment à ce que le film repose dessus.

Comment avez-vous préparé le rôle ? - On lit le scénario. On le lit et on le relit. On essaie de comprendre pourquoi cette colère, ce mal-être, ce conflit. On s’imprègne des histoires que l’on a vécu, de sa propre personnalité,… Et ça forme le personnage de Lucie.

Est-ce que Lucie est pour vous dans le jugement ? - Peut-être pas dans le jugement. Elle est en conflit, ça c’est sûr. Elle est en détresse. Mais de là à juger, je ne sais pas. Elle s’imprègne de ses propres expériences. Comme elle le dit dans le film : « ça fait trois fois que ma mère change de mec ». Elle n’a pas envie de revivre la même chose. Son père est parti, elle a grandi avec Amad et elle n’a pas envie de souffrir à nouveau.

Il y a une grande violence dans les échanges. Comment l’avez-vous vécu ? - C’est une scène qu’on a pas beaucoup répété parce qu’il fallait que ce soit « au feeling ». On s’est mises d’accord avec Bérénice pour que l’on ne se dispute pas et qu’elle me fasse le moins mal possible. On voulait s’épargner toutes les deux. Ça l’a vraiment touché. C’est douloureux, même pour de la fiction. On le vit quand même ; on est obligé de le vivre. J’ai eu des bleus sur les bras durant deux semaines. On a passé deux jours sur cette scène. Et quand on voit le résultat, on est heureux.

Bien qu’elle est dans la colère, Lucie apparaît comme fragile. Qu’est-ce que vous partagez avec ce personnage ? - Avant de faire le film, j’étais Lucie. J’étais repliée sur moi, très sensible et très susceptible aussi. Et ce film m’a vraiment changée. Au début, c’était facile parce que ça me ressemblait et ce n’était pas complètement inconnu. Maintenant je pourrais le refaire mais pas de la même façon.

Le film vous a fait grandir. - Enormément.

Deux mois de préparation et quatre de tournage, ce n’est pas contraignant ? - Quand je tournais, on avait un appartement sur Paris avec ma maman. Mais une fois que j’avais terminé, je courais prendre le train pour rentrer chez moi parce que je n’aime pas Paris. Il fallait aussi absolument que je coupe, parce que ma crainte était de ne pas parvenir à sortir du personnage. J’en avais tellement donné que j’étais heureuse de quitter ce personnage. J’en ai bavé.

Entre Marie et Lucie, Bérénice Béjo et vous, il y a un rapport mimétique dans l’attitude physique. On découvre une mère et une fille. Ça s’est construit aux répétitions ? - Oui. C’est du travail. C’est pour moi de l’analyse : regarder Bérénice, voir comment elle prend une tasse ou comment elle bouge son bras. Je suis un peu caméléon.

Cannes, stress ou excitation ? - J’ai énormément de chance à mon âge. Même si je gomme un peu, il y a la pression. Celle du tournage est passée et pour moi le plus dur est fait. Cannes, on n’a rien à penser : on est habillés, coiffés, conduits… Et quand je demande à Bérénice ce que je dois faire, elle me dit de ne pas me tracasser et que tout ira bien.

Vous êtes donc en contact avec elle ? - Oui. Et avec Asghar aussi. On est une famille.

Pauline Burlet © Jean-Michel-Nunes-da-silva

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