Critique : Pasolini

On 30/12/2014 by Nicolas Gilson

PASOLINI tend à mettre en scène le ressenti du cinéaste et écrivain à la veille de sa mort tragique. Pour y parvenir, Abel Ferrara ouvre un dialogue entre son quotidien, son travail et son intimité ; entre ses fantasmes et ses obsessions – artistiques, politiques et sexuels. Plus vaporeux qu’atmosphérique, le film laisse dubitatif.

Pasolini

Une histoire qui n’est pas un récit mais une parabole

D’entrée de jeu, Abel Ferrara acte des nombreux tourbillons qui façonnent la personnalité de celui qui bouscula l’Italie, et bien au-delà le cinéma et la littérature. Le discours, posé, de l’artiste tend dès lors à l’introspection. Les réalités se croisent et s’unissent. Les souvenirs ou l’évocation rencontrent les projections créatives. L’homme a-t-il un double littéraire qu’il prend vie, pluriellement, au travers de cette quête, cette mise en abîme, cinématographique.

Les jeunes hommes et les terrains vagues – ces lieux de consommation sexuelle tout à la fois honteuse et fantasmatique, libre et coupable – s’inscrivent presque par fatalité comme incontournables. Le réalisateur parvient à mettre en scène, avec pudeur et frontalité, les pulsions et répulsions qui définissent ces jeux de rencontres. L’approche est sensible et permet un double mouvement d’hypnose et de distanciation.

Un jeu sur lequel repose l’ensemble du développement narratif et esthétique. Néanmoins, si l’idée est honorable et si le film devient peu à peu une expérience délirante et sensible, la structure est des plus elliptique – ce qui rend obscurs bien des passages que d’aucuns jugeront sublimes. Les axes narratifs s’entrecroisent (notamment une troublante relation mère-fils) sans être développés ce dont se dédouane le réalisateur à travers les mots de Pasolini cherchant à composer « une histoire qui n’est pas un récit mais une parabole ».

Si, dans le rôle titre, Willem Dafoe est magistral, l’ensemble du casting pose malheureusement question. Un temps, le film semble être un hommage à l’époque des grandes co-productions européennes où les conventions linguistiques semblaient ombrageuses ou étaient réglées par d’improbables doublages. Mais les langues se croisent ici sans fluidités au point d’apparaître comme un rempart indépassable. Les acteurs italiens captent-ils notre attention lorsqu’ils s’expriment avec aisance dans leur propre idiome qu’ils témoignent d’un jeu pour le moins récitatifs lorsqu’ils se risquent à l’anglais – au point que l’ensemble en devient déplorable. Un élément qui trouve certainement sa raison dans le montage financier clairement insuffisant pour offrir à Ferrara les moyens de ses ambitions. Dommage.

pasolini affiche

PASOLINI

Réalisation : Abel Ferrara
Belgique / France / Italie – 2014 – 86 min
Distribution : Numéro Zéro
Drame / Biopic

Venise 2014 – Compétition

Pasolini - sa mère willem defoe pasolini

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