Critique : Pas son genre

On 05/05/2014 by Nicolas Gilson

Après s’être imposée comme majestueuse dans A PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse, Emilie Dequenne offre son talent et sa fragilité à Lucas Belvaux. Atout de PAS SON GENRE, l’actrice y interprête une coiffeuse de province qui rencontre un professeur de philosophie fraichement muté de Paris. Une comédie romantique qui permet au réalisateur de questionner sous un nouvel angle tout à la fois les rapports de classe et « amoureux ».

Pas son genre

Affecté à Arras, Clément (Loïc Corbery) y débarque à contrecoeur. Célibataire et sans enfant, il s’investit dans son rôle de professeur en songeant déjà à son retour à Paris. Son horaire lui donne-t-il d’ailleurs la liberté d’y rester la moitié du temps. Erudit, l’homme fait la connaissance de Jennifer (Emilie Dequenne), qu’il courtise bientôt. Malgré les différences sociales et culturelles, la passion s’immisce dans leur relation. Mais est-ce suffisant ?

En adaptant le roman éponyme de Philippe Vilain, Lucas Belvaux s’émancipe de la centralité et de l’unicité de la voix du personnage de Clément. Il s’intéresse au personnage de Jennifer allant jusqu’à s’immiscer là où le roman semble s’interdire d’entrer. Ce faisant il construit un scénario à deux voix/es où il appréhende équitablement les deux protagonistes. Au fil d’une rencontre passionnelle il met en scène un double portrait flirtant avec moult clichés afin de les décortiquer, de les mettre à mal ou de les éclater.

Mais bien que son approche tende à un réel équilibre dans la place donnée à chacun des protagonistes, la vitalité et l’énergie de Jennifer (une provinciale qui a pour hobby le karaoké) l’emporte incommensurablement. Si l’amour de la jeune femme pour Clément trouve sa légitimité – au travers d’une chaleureuse naïveté plus que d’une vulgaire cristallisation – la froideur du caractère du parigot est telle qu’elle apparait indépassable. Tandis qu’elle est dans la vie, chaleureuse, il semble aussi rigide que la couverture cartonnée d’une édition luxe et collector d’un savant ouvrage sont on se retient d’ouvrir les pages de peur de les froisser. Aussi à mesure que Jennifer s’y risque, c’est de son ressenti à elle dont on se nourrit et dont on s’émeut – et ce même si le réalisateur montre sans détour les failles qui deviennent chez Clément un réel handicap. Le récit, d’une rare simplicité, semble banal et didactique, gentil et discursif. Trop sans doute. Toutefois c’est ce qui lui confère charme et universalité.

Emilie Dequenne - pas son genre

Habile metteur en scène, Lucas Belvaux manie les outils cinématographiques comme les meilleurs chirurgiens le scalpel. Alors que son approche esthétique est aussi incisive que rhétorique, les valeurs de plans, son cadrage, une parlante fixité et les rares effets qu’il emploie font sens tout en ancrant un réelle distanciation. Il fait ainsi du spectateur le témoin de la liaison mais aussi celui – et c’est là la force du film – de l’émancipation de Jennifer.

Et si deux lectures s’imposent selon que l’on parvienne ou non à dépasser le caractère emprunté et empli de clichés de l’approche générale, l’interprétation d’Emilie Dequenne est aussi troublante que captivante.

Magistrale, l’actrice campe une lumineuse Jennyfer qui saisit chaque instant de bonheur que la vie lui offre et qui (à l’instar de son répertoire musical) évolue « sensiblement ». Dans le rôle somme toute ingrat de Clément, Loïc Corbery tend à une juste froideur, comme si le protagoniste était distant de lui-même. De cette dualité (complémentaire) des interprétations nait un contraste saisisant qui répond de l’identitaire de leurs personnages tout en en définissant les contours.

pas son genre - affiche

PAS SON GENRE
♥♥
Réalisation : Lucas Belvaux
Belgique / France – 2014 – 108 min
Distribution : Cinéart
Drame / Romance

Emilie dequenne - PasSonGenre

Loic Corbery - Emilie Dequenne - Pas son genre

Pas son genre - Emilie Dequenne - Loic Corbery

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