Critique : Party Girl

On 22/08/2014 by Nicolas Gilson

Sublime portait d’Angélique, une sexagénaire qui décide de quitter sa vie de cabaret pour tendre à la normalité, PARTY GIRL enchante par son organicité et son humanité. À la barre d’une réalisation sensible et sensationnelle, Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis mettent en scène la mère de ce dernier dans son propre rôle. S’il en suit un impressionnant dialogue entre la réalité et la fiction, les comparses signe un film d’une force rare au coeur duquel ils offrent une place ingénieuse aux petites gens trop souvent délaissées ou stigmatisées par le cinéma (français).

PARTYGIRL

« Là où on danse, on habite »

A soixante ans, Angélique a beau avoir l’expérience, elle n’est plus l’entraineuse d’autrefois. Délaissée par des clients de plus en plus rares, elle se rend chez l’un d’entre eux, Michel, lui demandant pourquoi il ne vient plus la voir. L’explication est aussi simple que noble : il aimerait ne pas devoir payer, ne pas être contraint de consommer pour pouvoir l’aimer. Si elle rit lorsqu’il lui propose de l’épouser, le sérieux de l’annonce a sur elle l’effet d’un électrochoc : et si elle quittait tout pour entrer dans la norme ?

Avec économie et justesse, les réalisateurs ouvrent sur le film sur la complicité qui unit Angélique et les filles de son cabaret. Un complicité qui dure depuis toujours, qu’importe les âges et les visages car si « là où on danse, on habite », on y vit aussi et surtout. Dans l’antre du cabaret, alors que les corps ondulent, captivant le regard des clients – et le nôtre –, l’alcool coule diversement à flot. Angélique, à défaut de faire boire les hommes de passage, en consomme de trop et s’impose déjà comme le centre de notre attention.

Party Girl

L’évolution narrative épouse alors la sienne, obstinée par la possibilité d’un changement qui lui permettrait au-delà de se fondre dans le moule de réunir sa famille que nous découvrons à travers elle. Le fort caractère de la femme est appréhendé sans détour et dans ses contradiction par les réalisateurs qui s’attardent bientôt, avec élégance et respect, sur les autres membres de la famille dont ils dessinent les intentions plurielles. La construction narrative, intelligente et singulière, est à vif, comme organique, suivant les préparatifs d’un impromptu mariage selon qu’il devient, coûte que coûte, l’objectif premier d’Angélique. De la sexualité de la femme à l’intimité qu’elle partage avec ses enfants, les sujets abordés, comme autant de facettes de l’identité de la femme, sont nombreux.

L’approche esthétique pourrait paraître brouillonne qu’elle transcende proprement l’énergie de la protagoniste tout en actant du regard, pluriel, que porte sur elle et sur son histoire les réalisateurs. Les dynamiques de cadrage et de montage, donnant notamment aux gestes et aux regards une place prépondérante, répondent à une pure logique sensible et sensitive. L’emploi de la musique est tout aussi brillant, ancrant une intelligente intertextualité (voire un métadiscursivité).

Enfin, si l’interprétation est un des points forts de PARTY GIRL, en confiant à l’instar d’Angélique à ses enfants (dont le co-réalisateur) leur propre rôle et en appelant pour les autres protagonistes à des acteurs non-professionnelles, les réalisateurs parviennent à une justesse de ton aussi perturbante qu’impressionnante.

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PARTY GIRL
♥♥♥
Réalisation : Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis
France – 2014 – 96 min
Distribution : A-Film
Comédie dramatique

Cannes 2014 – Un Certain Regard (Film d’ouverture)

Mise en ligne initiale le 16/05/2014

Interview des réalisateurs : Cliquez ICI

Interview de l’actrice : Cliquez ICI

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