Paradis : Foi

On 11/03/2013 by Nicolas Gilson

Deuxième épisode de la trilogie du réalisateur autrichien, PARADIS : FOI part à la rencontre de Anna Maria, le temps de ses vacances. Contrairement à sa soeur Teresa partie au Kenya – l’héroïne du premier volet PARADIS : AMOUR –, Anna Maria reste chez elle, en Autriche, où, après avoir nettoyé de fond en comble sa maison, elle entre dans une étrange cérémonie consistant à transmettre la parole évangélique. Ulrich Seidl esquisse le portrait sans concession d’une femme dont le refuge est devenu la raison de vivre. Il additionne peu à peu nombre d’éléments qui sont vecteurs de sens et qui se veulent les témoins d’une société malade.

Paradeis Glaube - Paradis Foi - Paradise Faith - Ulrich Seidl

« Choisis une meilleure religion »

D’entrée de jeu, le réalisateur nous confronte à la folie de son personnage. Lors de la séquence d’ouverture Anna Maria, avec solennité, se flagelle tandis qu’elle prie en s’adressant à Jésus. Avec économie, en trois plans, le réalisateur compose une scène à la fois effroyable et drolatique. S’il est question de la déraison d’une croyance à outrance, celle-ci se veut toute personnelle et le ton, déjà, est donné… ou semble l’être.

Plusieurs mouvements dramatiques composent alors celui du film – selon une logique habile d’addition d’éléments révélateurs (à l’instar notamment de la ritualité mise en scène, des éléments de décors ou encore du chat de Teresa). Après une esquisse de la réalité du quotidien d’Anna Maria qui travaille comme aide médicale dans un centre de radiologie, le réalisateur dessine les traits de son caractère. Arborant une singulière coiffure, la quinquagénaire préfère se déplacer à pied qu’en voiture, prend le temps de regarder, simplement, la nature qui l’entoure et, surtout, fait preuve d’une impressionnante ritualité dans les gestes qu’elle accomplit – qu’il s’agisse de manger ou de se détendre en musique.

Aussi, ses vacances mettent celle-ci à mal tout en l’exacerbant : Anna Maria va donc récurer sa maison et témoigne d’une maniaquerie qui tient de la perversité. Ce faisant, la présence chez elle de l’élément religieux se veut aussi perturbante que révélatrice. Tout comme sa propension à se punir. Comme dans PARADIS : AMOUR, Ulrich Seidl recourt à une mise en scène où la fixité du cadre et frontalité font sens.

Paradis Foi

L’objectif des vacances d’Anna Maria peut alors prendre place. Membre d’un mouvance chrétienne pour peu extrémiste, elle va de porte en porte, aidée de statues de la Vierge Marie qu’elle confie aux âmes perdues afin qu’elles trouvent le bon chemin, propager la parole du Seigneur. Le réalisateur compose ainsi un portrait acerbe et sans détour de la société autrichienne qu’il n’épargne (comme de coutume) pas. Afin de mettre en scène l’incursion d’Anna Maria dans d’autres sphères de vie, Ulrich Seidl abandonne alors la fixité et la dynamique de cadrage fait à nouveau sens.

Un dernier élément peut enfin prendre place en la personne du mari d’Anna Maria qui débarque après plusieurs années d’absence à qui, en bonne chrétienne, elle ne peut refuser l’hospitalité. Pourtant les relations sont tendues, d’autant plus qu’il est musulman et qu’aucun dialogue ne s’établit entre eux. La ritualité des gestes d’Anna Maria est mise alors à rude épreuve.

Derrière la singularité de sa principale protagoniste et la réalité de vie qu’il met en scène, Ulrich Seidl esquisse une fois encore une photographie pour le moins corrosive de la société autrichienne et bien au-delà – la religion n’est-elle pas, quelle qu’elle soit, un paradis commun ? Le sarcasme dont il fait preuve trouve un terrible écho dans la violence des échanges qui prennent place et, surtout, dans le jugement dont fait preuve Anna Maria qui est pourtant loin d’être vertueuse… son amour du Christ étant pour le moins bien passionnel.

Si la justesse de l’ensemble du casting s’impose comme formidable, Maria Hofstätter et Nabil Saleh sont époustouflants.

Maria Hofstätter - Paradeis Glaube

PARADEIS : GLAUBE
PARADIS : FOI
♥♥♥(♥)
Réalisateur : Ulrich SEIDL
Autriche / Allemagne / France – 2012 – 113 min
Distribution : Lumière
Drame

Venise 2012 : Compétition Officielle

Paradis Foi - Poster - affiche

Paradis Foi - Ulrich Seidl

Paradise Faith

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