Paradis : Espoir

On 30/04/2013 by Nicolas Gilson

Ultime volet de la trilogie d’Ulrich Seidl, PARADIS : ESPOIR est certainement celui qui apparaît le plus malsain alors qu’il met en scène la naïveté des sentiments qui animent Mélanie, la protagoniste principale. Après les amours de Teresa au Kenya et la passion catholique de Anna Maria, cet épisode questionne, avec la même verve, la société au regard d’une autre génération. Prodigieux.

« – J’espère que tu t’amuses au Kenya »

Comme dans les segments AMOUR et FOI, Ulrich Seidl esquisse à travers le portrait d’une principale protagoniste bien des stigmates d’une réalité qui est la nôtre. L’obésité de l’enfant, rendue banale tout en étant définie, d’emblée, comme contraire à la norme, est la plus évidente. Le trouble alimentaire qu’elle partage avec d’autres enfants devient, chez le réalisateur, le signe d’un trauma plus général, celui de la société dans son ensemble. Car Mélanie est « hors norme » à un âge où elle n’est pas encore maîtresse de sa vie – bien qu’elle pense le contraire.

En construisant son film à partir du regard de l’adolescente de treize ans, Ulrich Seidl envisage un nouveau tabou : Mélanie décide de séduire le médecin et directeur du camp d’amaigrissement où elle passe ses vacances alors que celui-ci a plus de quarante ans qu’elle. La jeune fille lui offre un amour chaste et sincère qui est avant tout ingénu. La pureté des sentiments de Mélanie trouble le médecin qui semble alors jouer avec le feu de l’interdit.

Le centre d’amaigrissement est le théâtre où l’on appréhende peu à peu Mélanie. Une mise à nu qui, comme dans les précédents volets de la trilogie, tient de la ritualité. Les séquences se succèdent comme autant de tableaux qui se révèlent être des photographies « réalistes ». Si le sarcasme s’impose, Ulrich Seidl est toutefois plein de douceur à l’égard de ses protagonistes qu’il ne juge ni ne condamne jamais.

Entre les séances de sport, les cours de diététique et ses visites dans le bureau du directeur, Mélanie passe son temps dans le dortoir avec ses condisciples dont elle devient l’amie. Le dialogue entre les adolescents dresse, par touches successives, un portrait assez acerbe de leur quotidien et se veut révélateur de leur réalité où la sexualité est notamment très présente.

L’approche esthétique est en tout point semblable à celle des deux autres films et s’avère parfaitement maîtrisée. La fixité du cadre donne ainsi, souvent avec ironie, une force incroyable aux actions et aux dialogues auxquels le spectateur est confronté tandis que le mouvement de la caméra épouse l’énergie intrafilmique, ce qui engendre une dynamique de complicité exacerbant le ressenti. L’épure voulue par le réalisateur est admirable.

L’ensemble du casting est une nouvelle fois bluffant. Mélanie Lenz – comme Margarethe Tiesel dans AMOUR et Maria Hofstätter dans FOI – est tout bonnement stupéfiante.

PARADEIS : HOFFNUNG
PARADISE : HOPE
PARADIS : ESPOIR
♥♥♥(♥)
Réalisation : Ulrich Seidl
Autriche / Allemagne / France – 2012 – 91 min
Distribution : Lumière
Drame

Berlinale 2013 – Compétition Officielle

Mise en ligne initiale le 10/02/2013


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