Paradies : Liebe

On 16/12/2012 by Nicolas Gilson

Premier volet d’une trilogie dédiée aux « paradis », PARADEIS – LIEBE est un film troublant, voire choquant, qui met en scène, au travers du personnage de Teresa, une quinquagénaire autrichienne en vacances au Kenya, la réalité des « sugar mamas », ces européennes qui achètent un peu d’amour à de jeunes africains… Ulrich Seidl signe un film admirable qui nous confronte à une réalité tantôt amusante, tantôt grave dont le pathétisme s’avère aussi glacial que significatif.

HAKUNA MATATA

D’emblée le ton est donné par le biais d’une séquence introductive qui laisse présager le quotidien de Teresa tout en ancrant la charge d’humour, décalé et incongru, dont témoigne le réalisateur – tant dans l’écriture que dans la mise en scène. La banalité et la pauvreté de la réalité de vie de Teresa s’imposent avec ironie – l’absence de réel dialogue avec sa fille en est la pire des preuves.

Teresa part en vacances au Kenya, dans un club où débarquent de nombreux européens qui ne prennent pas même la peine de cacher leur condescendance vis à vis des locaux, voire leur racisme. Elle rencontre d’autres femmes qui, comme elle, sont en quête d’amour… Les dialogues qui prennent place surprennent tant, derrière leur caractère crus, ils se veulent révélateurs d’une pensée supérieure et dédaigneuse. Ulrich Seidl n’épargne pas ses personnages. Il les dépeint avec une froideur telle qu’ils en deviennent vibrants et tragiques.

Le scénario, qui nous confronte à la naïveté et à la fragilité d’une femme qui s’avère bien moins vertueuse qu’il n’y paraît, est habile. Plus encore il s’avère universel et aborde avec franchise et de manière décomplexée et sarcastique la vieillesse, le racisme, le désir, la sexualité ou encore le tourisme sexuel…

La mise en scène – qui souffre cependant d’un manque de maîtrise technique – est brillante. Pas le moindre renfort musical – la musique est toujours intradiégétique –, l’épure est totale. Ulrich Seidl opte pour une fixité du cadre qui permet tantôt aux mots, tantôt aux actions qui y prennent place de faire mouche souvent avec une ironie foudroyante. Lorsque réalisateur abandonne cette fixité, il épouse les gestes de Teresa ou en suit les déplacements, ce qui nous en rend complice. Une complicité dont l’intérêt est ensuite de nous mettre mal à l’aise à l’instar de la séquence, judicieusement interminable, où Teresa reçoit de ses comparses du club de vacances un jeune homme noir en cadeau…

Margarethe Tiesel incarne Teresa sans la moindre retenue, en se mettant – et c’est le cas de le dire – complètement à nu. Une prestation déconcertante !

PARADIES : LIEBE
PARADIS : AMOUR
♥♥♥(♥)
Réalisation : Ulrich SEIDL
Autriche / Allemagne / France – 2012 – 120 min
Distribution : Lumière
Comédie Dramatique

Cannes 2012 : Compétition Officielle

Mise en ligne initiale le 17/05/2012

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