Paperboy

On 12/10/2012 by Nicolas Gilson

Adaptation du livre éponyme de Pete Dexter, qui en signe avec le réalisateur le scénario, PAPERBOY est un film démonstratif dépourvu de sensibilité, proche du second degré sans pourtant l’assumer. Déplorable.

LORSQUE LE KITCH S’ENLISE DANS LES MARAIS

Lee Daniels prend le spectateur au piège dès la séquence d’ouverture. Une jeune femme en face caméra (Macy Gray) répond à une série de questions. D’emblée le réalisateur met en place une dynamique d’évocation. Un premier flash-back – en noir en blanc, à la mise en scène marquée et déjà empli d’effets démonstratifs – esquisse un acte de viol avant d’acter d’un assassinat. Mais l’objet semble autre, l’interrogatoire continue avant que l’évocation ne s’impose pleinement. L’action prend alors place dans une continuité chronologique ponctuée de l’intervention en voix-over de la jeune femme qui s’avère en être un personnage secondaire. Observatrice plus que témoin des actions qu’elle conte, le doute face à la légitimité de son récit est de mise. Mais qu’importe puisqu’elle n’est qu’un « truc » scénaristique, une pirouette qui sert de mise en place et qui guide le rythme la narration. Qui l’interroge ? Quand ? Pourquoi ? PAPERBOY n’y répond pas !

En 1969, dans le bled toujours raciste de Lately en Floride, Jack Jansen (Zack Efron) va s’éveiller au désir amoureux et sexuel lorsqu’il va travailler comme chauffeur pour son frère Ward (Matthew McConaughey) revenu en ville dans l’espoir de relancer sa carrière journalistique en enquêtant sur le cas de Hillary Van Wetter (John Cuzack). Ce dernier est condamné pour le meurtre évoqué dans la séquence d’ouverture, à tort selon Charlotte Bless (Nicole Kidman) qui entretient avec le détenu une relation par correspondance épistolaire. Lorsque Jack aperçoit Charlotte, il s’en éprend éperdument alors qu’elle a le double de son âge…

Plus que provoquant ou sulfureux, le film, tout en démonstration, s’avère misérabiliste, emprunté et stéréotypé. Nul érotisme, nulle tension : Lee Daniels additionne les effets et agglutine sans finesse une série d’enjeux afin de choquer le spectateur sans y parvenir tant, au fond, il n’a rien à défendre. Alors que les rebondissements sont nombreux et que les thématiques abordées sont riches – racisme, homosexualité, éveil sexuel, domination, soumission, manipulation,… – PAPERBOY déçoit. Toutefois le sarcasme et l’ironie s’esquissent, sans jamais emporter le spectateur dans une distanciation critique. Dommage.

Ainsi la scène où Charlotte mime une fellation tout en se masturbant ou encore celle où elle urine sur Jack lorsqu’il fait une réaction allergique aux méduses marquent les esprits mais sont d’une artificialité affligeante. Lee Daniels semble s’émanciper de toute sensibilité. Ses protagonistes sont autant de caricatures – de Charlotte la barbie à Jack le gogo-boy – au service desquelles l’ensemble du casting performe.

L’humour est palpable à l’instar des situations dans lesquelles se retrouve le personnage de Jack qui déambule tel le cliché d’un acteur porno gay, musclé et imberbe, en mini short ou en slip blanc. L’emploi en contrepoint de certaines chansons peut être délicieux – notamment dans la séquence des méduses – mais de manière générale le réalisateur en use pour composer une couche d’effet supplémentaire qui fait écho aux fondus enchaînés, split-screens, ralentis et autres jeux visuels ou de montage. Des effets techniquement réussis mais sans intérêt. Loin de transcender la moindre sensation ou la moindre émotion, PAPERBOY s’avère, in fine, atrocement kitch.

PAPERBOY

Réalisation : Lee DANIELS
USA – 2012 – 107 min
Distribution : Starway
Comédie dramatique

Cannes 2012 – Sélection Officielle en Compétition

Mise en ligne initiale le 24/05/2012

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