Critique : Palo Alto

On 08/07/2014 by Nicolas Gilson

Sur base du recueil de nouvelles de James Franco, Paolo Alto, Gia Coppola propose une photographie sensible d’une certaine jeunesse dorée américaine dans une société hypersexualisée en perdition. Toutefois, malgré l’acuité de la réalisatrice à impressionner l’émoi de ses protagonistes, l’ensemble souffre d’un rythme trop vaporeux. Le film n’en est pas moins pertinent et délicat.

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You have to relax and rest

PALO ALTO nous confronte au quotidien de quelques adolescents qui se cherchent et testent leurs limites. A travers le portrait d’April, Teddy ou encore Fred, Gia Coppola esquisse une réelle radiographie de la société contemporaine où les adultes apparaissent démissionnaires ou perver(ti)s. Sans réels repères, cette jeunesse dorée expérimente les drogues, le sexe et l’alcool presque par fatalité.

L’introduction assoit une prime naïveté et une légèreté de ton savoureuses. À l’absurdité d’une soirée pourtant banale où deux potes, Fred et Teddy, zonent dans une bagnole, répond la découverte d’April qui, comme ses condisciples, fantasme sur son professeur d’éducation physique. Bref, à Palo Alto les adolescents ne sont pas plus différents qu’ailleurs.

Mais tandis que rapidement leurs parents se révèlent très absents et permissifs (malgré bien des interdits « normatifs »), les adolescents se montrent fort peu innocents. Si la timidité empêche certains de s’avouer leurs sentiments, elle n’est pas de mise lorsque, l’alcool aidant, la sexualité devient une forme d’intégration ou de reconnaissance. Sans doute trop atmosphérique, le film vise à témoigner du trouble qui anime les différents protagonistes qui sont à un âge charnière – ce dont ne semble pas avoir conscience les adultes. Si en entremêlant diverses lignes de récits Gia Coppola ne trouve pas une ligne claire, elle parvient à transcender le ressenti de ses (trop nombreux?) protagonistes.

Palo Alto

Le scénario est tout à la fois subtil et proprement bancal tant les choix d’adaptation sont par moments incohérents à l’instar d’un unique recours à une voix-over afin d’évoquer un épisode de gang-bang auquel la réalisatrice refuse à dessein de donner vie. Car s’il est question de sexualité Gia Coppola opte pour approche très délicate qui semble répondre à l’absence de pudeur de nombre des protagonistes.

Si PALO ALTO peut laisser à penser à KEN PARK, Gia Coppola en fait esthétiquement l’antithèse du film de Larry Clark (qui fait de la monstration pornographique de la sexualité son fer de lance). Ainsi la mise en scène se concentre sur les visages et ancre une distanciation singulière lors des scènes censées acter d’un acte sexuel. Comme si la réalisatrice cherchait à sublimer l’âme des protagonistes féminines qui s’abaissent à une gymnastique qui semble répondre à une imagerie dominante. L’humour est toutefois toujours présent : à la fois le révélateur de cette sexualité (un bain de bouche laissant suggérer la finalité d’une fellation), il nous offre autant de respirations.

Alors que le montage est employé brillamment afin de mettre en place cette représentation de la sexualité ou de transcender l’intimité des personnages (notamment par des plans de coupe montrant leurs objets et leurs espaces de vie), il est l’une des principales faiblesses du film. S’il assoit la carractère sinueux (ou atmosphérique) de la ligne scénaristique, il se veut proprement incohérent quant à la temporalité de l’ensemble. Ce qui est d’autant plus dommage que la réalisatrice parvient dans son emploi da la musique à sublimer tantôt l’exaltation des protagonistes, tantôt l’énergie des séquences.

Palo Alto - poster

PAOLO ALTO
♥(♥)
Réalisation : Gia Coppola
USA – 2013 – 100 min
Distribution : Alternative Films
Drame

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