Critique : Out of Nature

On 08/02/2015 by Nicolas Gilson

Après nous avoir confrontés à un huis-clos en montagne où deux femmes partent en expédition afin de redonner un nouveau souffle à leur couple (FJELLET, 2011), Ole Giaever trouve à nouveau dans la nature un terrain fertile à la réflexion et à la quête de soi. Avec la complicité de Marte Vold, il se met lui-même en scène et s’intéresse aux angoisses d’un trentenaire enlisé dans la routine de son quotidien. Pertinent et ponctué d’humour, OUT OF NATURE frappe par la justesse de son approche et son universalité.

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Ce week-end Martin (Ole Giaever) part seul en trekking. Il laisse derrière lui sa femme et son jeune fils, et, espère-t-il, les soucis qui composent sa routine. Sac au dos, il court en vue de se vider l’esprit en renouant avec les éléments. Toutefois nombreuses sont les idées qui envahissent ses pensées jusqu’à celle de disparaître…

D’entrée de jeu, Ole Giaever et Marte Vold nous fondent aux pensées du personnage. Assis à son bureau, Martin regarde par la fenêtre et imagine la vie des gens qu’il observe. Ses réflexions s’inscrivent en commentaire grâce à une voix-over employée intelligemment. La démarche laisse-t-elle craindre le pire qu’elle s’avère in fine judicieuse car l’approche envisagée est plus complexe qu’il n’y paraît. La cogitation de l’esprit de Martin s’exprime bientôt également au travers de la projection, visuelle et sonore : entre réalité et rêverie, nous voyageons à ses côtés surpris – comme lui – par de brusques changements d’idée à l’instar de son besoin soudain de se masturber (une séquence par ailleurs brillante).

Nous rencontrons Martin sur son lieu de travail avant de le suivre chez lui, dans une maison où les rapports semblent froids et trop établis. Observateur de son propre univers, Martin porte un regard tellement distancié sur sa propre vie que nous respirons sitôt qu’il s’encourt loin de chez lui. Déjà nous sommes complices de ses fantasmes, témoins de son désespoir qui n’a rien que d’ordinaire.

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Ses enjambées répondent à sa cogitation. La nature devient le berceau où il doit renouer avec lui-même. Terrain de toutes les libertés, les monts et les vallées offrent à Martin la possibilité de fantasmer sa vie. Il peut se prendre pour une grenouille s’il le veut ou avaler une pleine tablette de chocolat – lui qui prête d’ordinaire attention à tout ce qu’il mange. Mais la nature n’est pas forcément le berceau qu’il imagine, la solitude qu’il s’impose peut d’ailleurs être effrayante au point de le conduire à une troublante régression.

Oscillant entre plusieurs degrés de réalité, ponctué de projections et de rêves, le scénario est intelligent. Le temps d’un week-end Martin entame un parcours introspectif qui le confronte à ses craintes et ravive ses attentes. Le portrait dépeint par Ole Giaver apparaît-il simple qu’il présente l’intérêt d’être universel tant les questions que se posent Martin sont celles, communes, que nous évitons ou qui nous hantent trop souvent.

La sensibilité de l’approche est totale et les réalisateurs trouvent la juste distance pour mettre en scène ce trentenaire désorienté. Nous sommes tantôt au plus proche de lui, fondus à ses perceptions visuelles et/ou sonores, tantôt spectateur de son trajet ou, comme lui, de la nature qui le surplombe et l’invite à relativiser ce qui jusqu’alors paralysait son esprit.

mot naturen out of nature poster affiche

OUT OF NATURE
Mot Naturen
♥♥
Réalisation : Ole Giæver
Norvège – 2014 – 80 min
Distribution : /
Comédie dramatique

Berlinale 2014 – Panorama
Film Fest Gent 2015 – Global Cinema


mise en ligne initiale le 8/02/2015

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