Omar m’a tuer

On 16/07/2011 by Nicolas Gilson

Juin 1994, Omar Raddad est reconnu coupable du meurtre de Ghislaine Marchal. L’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard est indigné par le verdict. Son éditeur lui propose d’écrire sur l’affaire. Il mène alors sa propre enquête, aidé par l’avocat de la défense, Jacques Vergès, qui lui communique le dossier d’instruction.

MILLEFEUILLE AU MISERABILISME

Roschdy Zem consruit son film selon deux lignes narratives et temporelles qui se complètent et qui, fatalement, se rejoignent. Le personnage de Pierre-Emmanuel Vaugrenard (double cinématographique de l’écrivain Jean-Marie Rouart interprété par Denis Podalydès) intervient en 1994 alors qu’il décide de mener sa contre-enquête. Parallèlement, en alternance de ces recherches, le parcours d’Omar Raddad (Sami Bouajila) prend place quelques jours après la mort de Ghislaine Marchal en 1991, alors qu’il est appréhendé comme suspect. Roschdy Zem crée ainsi un virulent contraste entre les révélations et les fait établis par l’écrivain et le quotidien mis en scène du jardinier emprisonné. Le point de vue adopté est limpide : le réalisateur crie l’innocence d’Omar Raddad.

Si la démarche est louable (et sans doute justifiée), cela ne fait pas pour autant un film intéressant. OMAR M’A TUER est un improbable pamphlet démonstratif construit comme un millefeuille au misérabilisme (couche après couche avec un épais glaçage). L’approche, plus scolaire que classique, impose au spectateur un point de vue unique au sein duquel les protagonistes n’ont d’intérêt que dans la mesure où ils permettent la représentation des faits que le réalisateur cherche à démontrer.

Des faits platement jetés à la figure du spectateur, répétés afin d’être certain qu’il s’en imprègne.

Jamais il n’est question de rencontrer Omar en tant qu’individu. Le constat est le même même pour l’ensemble des personnages, y compris Pierre-Emmanuel Vaugrenard. Alors le réalisateur dénonce le fait que Omar était l’archétype du coupable idéal, il fait de OMAR M’A TER un grotesque simulacre. Rien, dans aucune séquence, n’est vécu ou ressenti : Roschdy Zem construit son film « d’image en image ». Le concept de représentation, voire de monstration, s’impose (et ce dès le générique d’ouverture). Plus encore, la mise en scène répond à une logique caricaturale. Les appuis tant narratifs qu’esthétiques sont nombreux. Le trait est grossier d’un bout à l’autre du film. Et irrémédiablement l’ensemble se révèle misérabiliste. La captation ne conduit jamais à la révélation. Rien n’est éprouvé de manière sensible.

Quelle désolation de voir une telle approche d’un sujet pourtant passionnant.

OMAR M’A TUER

Réalisation : Roschdy ZEM
France – 2010 – 85 min
Distribution : ABC Distribution
Drame – Policier

BRFF 2010

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