Only Lovers Left Alive

On 19/02/2014 by Nicolas Gilson

Dans un monde occidental en décrépitude, Jim Jarmush met en scène deux amants de toujours, Adam et Eve, dont le seul amour ne peut les maintenir en vie. Depuis des siècles, il glissent à travers le temps apaisant « civilement » leur soif de sang. Vampires modernes, les figures mythiques observent une société en perdition dont l’essence – le sens – demeurerait leurs multiples passions.

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Portrait désolé d’une société sans rêve où la musique demeure une respiration

Adam (Tom Hiddleston) vit à Detroit, Eve (magnétique Tilda Swinton) à Tanger ; l’un est passionné par la musique, l’autre par la littérature. Comprenant qu’Adam est à nouveau déprimé, le sait-elle prêt à commettre l’irréparable, Eve le rejoint. Leur adoration est totale, presque figée. Bienveillante, Eve rassure Adam tout en semblant en être le guide. Ne lui suffit-il pas de toucher un instrument pour en déduire l’âge et en admirer les qualités.

La nostalgie embaume le film de part en part : celle ardente de l’embrasement des corps qui s’enlacent maintenant presque lascivement ; celle indéniable de la création musicale qui compose un voyage au coeur du film ; celle aussi du temps révolu de la prospérité. Errant dans les rues de Detroit, Adam et Eve, silhouettes fantomatiques, constatent qu’elle l’est plus encore qu’eux, doivent faire le deuil de son effervescence. Et en sous-texte au même titre que l’humanité, c’est le cinéma qui semble se mourir (un cinéma auquel la réalisateur fait ponctuellement référence).

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Jim Jarmush compose un film en tout point – et à dessein – atmosphérique au centre duquel la musique, compagnon de route indissociable d’Adam, prend une place prépondérante. Opium de l’homme – Adam mais aussi le réalisateur – elle se veut hypnotique et envoutante. Aussi le travail sur la son est-il sublimé. Les axes de cadrage, la lumière mais aussi le montage avec ses innombrables fondus enchaînés participent à la mise en place d’un climat exacerbant la flânerie des déambulations du couple animé par la seule la survivance de leurs amours.

A l’instar du nom des amants et des figures de vampire, Jim Jarmush joue avec les mythes. S’il vénère la musique qui a depuis toujours bercé son cinéma, il s’en amuse également : Adam, rockeur underground, est une figure caractérisée avec autant d’amour que d’humour. Un humour dont témoigne le réalisateur de part en part à la fois dans le ton qu’il donne au film à travers une atmosphère en demi-teinte et sarcastique, et en y insufflant moult clins d’yeux et comiques – décalés – de situation.

Only lovers left alive

ONLY LOVERS LEFT ALIVE
♥♥
Réalisation : Jim Jarmusch
USA – 2013 – 118 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

Cannes 2013 – Compétition

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