Critique : Office

On 20/05/2015 by Nicolas Gilson

Sous les atours d’un film de genre à la légèreté apparente, Hong Won-Chan propose avec OFFICE une critique virulente de l’aliénation au travail. Jouant habilement avec nos sens, il transforme l’espace commun d’un bureau ordinaire en un terrain aux hantises démultipliées et donne au fantastique des accents étonnamment réalistes. Un premier long-métrage palpitant qui s’impose comme une critique sans concession du monde de l’entreprise voire de la société sud-coréenne dans son ensemble.

Office - o piseu

Stagiaire dans une boîte de communication, Lee Mirae (Ko A-Sung) a la vie dure. Elle s’épuise littéralement au quotidien afin de satisfaire chacun de ses responsables dans l’espoir de décrocher, enfin, un vrai contrat. A la suite de la disparition de Kim Byuing-Guk (Bae Seong-Woo), le seul à lui témoigner quelque humanité, l’atmosphère change du tout au tout… C’est que Kim a massacré sa famille et que l’ensemble du personnel semble cacher quelque chose aux enquêteurs.

En guise de prélude, le réalisateur nous offre une ouverture explosive. Saisissant un homme dans la banalité routinière, il se fait le témoin de son inadéquation soudaine avec une vie de famille formatée. Un malaise perçu par l’épouse du protagoniste, trop tard : trois coups de marteau transforment l’ordinaire en un théâtre sanglant. Un basculement d’autant plus percutant qu’il assimile au crime une ville alors endormie au demeurant.

Nous confrontant au film de genre d’entre de jeu, le réalisateur s’en distancie alors pour ancrer le fait-divers dans la réalité. Il épouse l’énergie voire l’épuisement de Lee, qui se presse dans la fourmilière qu’est Séoul pour ne pas arriver en retard. Son stress est alors étrangement universel tant elle apparaît n’être que le maillon d’une réalité qui la (nous) dépasse.

Le dessin d’une enquête policière lie les lignes narratives et souligne un climat de mensonge et de suspens auprès des collègues de Kim, introuvable depuis les meurtres commis. Lee s’impose comme un personnage pivot, celle qui n’est pas ou ne semble pas être de connivence avec les autres ; celle, aussi, qui est dotée d’empathie.

o piseu - office

Avant de plonger à nouveau vers l’horreur et que ne se dessine le suspens (Kim se trouverait dans l’immeuble de travail), il s’agit de témoigner de dresser une photographie du monde du travail et des conséquences psychologiques qu’il peut avoir dans une société qui place les employés en compétition permanente. Plus encore – comme dans 10 MINUTES de Lee Yong-seung, autre premier film coréen des plus pertinent – la position pour le moins dramatique du stagiaire permet de mettre en cause un système proprement gangrenant tout à la fois individualiste et aliénant. Lee s’impose comme un personnage pivot : elle concentre d’autant plus de pression qu’elle ne revêt aucune importance malgré la charge de travail dont elle hérite au quotidien.

Véritable souffre douleur, elle devient la connexion entre l’ensemble des protagonistes et, pour l’enquêteur, la possible faille qui lui permettrait de découvrir ce qui se cache derrière la mystérieuse disparition de Kim. Le rythme est-il inégal que se dessine un mouvement autour de la jeune femme, emportée peu à peu dans un délire qui la dépasse. A mesure que celui-ci s’impose, l’approche bascule vers le fantastique voire l’horreur… Kim hantant l’esprit de chacun et conduisant l’ensemble de l’équipe au bord de la déraison.

L’évolution de la dynamique scénaristique conduit à une évolution stylistique et à de nombreuses modulations ethétiques. Hong Won-Chan joue avec les attentes du spectateur qu’il tient en haleine en mettant en place des éléments de suspens dont il se détache à dessein afin d’en renforcer l’intérêt. Il trouble nos perceptions en nous perdant dans les strates temporelles au fil d’évocations ou de projections qui alourdissent la structure narrative (nous changeons alors de point de vue) tout en la nourissant. Malgré le caractère ponctuellement affeté de l’approche, OFFICE est d’autant plus impressionnant que son caractère horrifique (et hypnotique) est savoureux.

Office - O Piseu - Affiche - Poster - Cannes 2015O PISEU
OFFICE
♥(♥)
Réalisation : Hong Won-Chan
Corée du Sud – 2015 – 111 min
Distribution : /
Thriller

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Séance de minuit (Hors-compétition)

Cannes 2015 signature 2

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