Océans

On 27/01/2010 by Nicolas Gilson

La nouvelle production de Jacques Perrin est non seulement décevante mais avant tout obscène. Servi d’une admirable photographie et de possibilités techniques impressionnantes OCEANS repose sur un scénario à la fois évident et sans le moindre intérêt. Et lorsque Total ou EDF sont crédités au générique il est plus que choquant de découvrir les raccourcis empruntés voire les gommages de la réalité – oublis seraient un peu simplistes – qui sont effectués. OCEANS s’impose alors comme un documenteur aux relents d’indulgences. « Beauté des images » et questionnement déontologique s’affrontent mais en s’accordant sur la mièvrerie de l’ensemble le débat s’étouffe de lui-même. Le spectateur averti ne peut en somme se laisser berner encore que les partenaires privés prennent place bien en fin de générique …

OCEANS est mis en scène presque grossièrement : une construction en trois temps aussi prévisible qu’affligeante invitant le spectateur à pénétrer les océans, à en découvrir les beautés mais aussi – ô basculement – les atrocités exercées par l’homme au risque de les mettre en péril, avant de bien évidemment ancrer un questionnement simpliste sur leur avenir. Rien de bien excitant en somme, mais est-ce bien important car ce sont les « images » que le spectateur veut voir !

Les réalisateurs mettent en place un jeu de va et vient entre l’extérieur des océans et leurs profondeurs, avec en arrière fond l’idée d’exploration. Une hypothèse bien marquée par la présence ponctuelle d’une caravelle. L’exploration c’est le premier temps du récit, l’étape où le spectateur est bercé par les milles et une merveilles qui composent les océans. Les grandes découvertes conduisent ensuite à l’amer constat des disparitions d’espèces : disparitions effectives et disparitions probables … Un basculement s’opère donc, et si les caravelles esquissaient une exagération dans la mise en scène que penser du recours à la frontalité et la captation presque photographique d’une série de spécimens disparus. DISPARUS … Le questionnement qui suit n’est alors pas neuf : Que faut-il faire … envisager une muséification des océans ou agir, réagir ?

Mais la mise en scène ne serait rien sans le recours à une voix-over à la fois dictatoriale, directive et didactique. Celle-ci s’impose d’emblée selon une logique de récit : « Un jour un enfant m’a demandé … ». Une logique qui tend de répondre à une question : « Comment raconter l’Océan ? » Mais une logique qui va repenser la pollution des océans de manière impressionnante. Point de pollution industrielle, nulle catastrophe pétrolière … L’homme pollue les cours d’eau, les cours d’eau polluent la mer. – POINT. De la même manière seule les braconniers chassant requins et baleines se comportent mal. OCEANS ou comment revisiter la réalité.

Sans surprise la musique fait corps à la ligne narrative dictée par la voix-over. Il s’agit de créer une réelle atmosphère, de mettre le spectateur en condition afin qu’il adhère parfaitement au spectacle qui prend vie devant lui. Un spectacle bien présent ! La photographie du film dans son ensemble est superbe et la pluralité des valeurs de cadre – allant jusqu’au très très gros plan – est bluffante. Et si l’intervention au niveau sonore est quelque peu regrettable d’un stricte point de vue esthétique le film est techniquement remarquable. Dommage dès lors que l’éthique ne soit pas au rendez-vous.

OCEANS
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Réalisation : Jacques PERRIN et Jacques CLUZAUD
France – 2009 – 109 min
Distribution : Alternative Films
Documentaire
EA

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