Nuits d’Ivresse Printanière

On 14/06/2010 by Nicolas Gilson

Tourné clandestinement et âprement condamné en Chine, NUITS D’IVRESSE PRINTANIERE, dont l’enjeu crucial est l’acceptation de l’homosexualité, est à la fois une cruelle histoire d’amour, un troublant témoignage sur la société et un hommage à la poésie. Si les intentions du réalisateurs sont louables, une indépassable distanciation est d’emblée perceptible. L’approche esthétique épuise plus qu’elle ne séduit tandis que la force narrative du scénario s’essouffle irrémédiablement. Pourtant la justesse de l’écriture quant à la confusion amoureuse et à la mise en place du quotidien des hommes homosexuels en Chine est admirable.

Les choix d’angles de prise de vue, le mouvement incessant de la caméra et l’éclairage engendrent un sentiment paradoxal. Lou Ye semble mettre en place un point de vue observant, comme si la caméra épiait les protagonistes et scrutait leurs gestes. Cependant celui-ci ne répond à aucune logique claire. Ponctuellement la subjectivité induite esquisse une dynamique de regard. Mais l’ensemble apparaît brouillon et peu intelligible. Le mouvement en devenant éreintant.

Malgré une brillante approche du désarroi pluriel engendré par la découverte de l’homosexualité – la sienne comme celle de l’autre redéfit par celle-ci – le scénario repose sur une démultiplication de point de vue brumeuse. La construction ne fonctionne pas sur son ensemble. Le spectateur se perd dans les méandres psychologiques de personnages résolument secondaires. Sans doute Lou Ye a-t-il trop de choses à livrer, à mettre à nu. Mais l’intensité première, superbe et pathétique, s’évapore indéniablement.

Parallèlement, le réalisateur ne cesse de faire référence à une certaine poésie, de citation en citation. Le choix du titre en est paradigmatique. Mais cette inscription citationnelle prend également la forme d’intertitres ou encore d’évocation dialogique. Une poésie qui s’imprime sur l’écran mais aussi dans l’évolution des personnages, l’un d’entre eux finissant avec un tatouage évocateur. Toutefois, la magie référentielle a beau être charmante, elle ne subjugue pas tant elle semble distanciée et culturellement étrangère.

CHUN FENG ZUI DE YE WAN (SPRING FEVER)
NUITS D’IVRESSE PRINTANIERE
* / ***
Réalisation : Lou YE
Chine / France – 2009 – 115 min
Distribution : Cinéart
Drame

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  • Cinem(m)a 16/06/10 | Cinem(m)a :

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