Critique : Noordzee, Texas

On 16/03/2011 by Nicolas Gilson

NOORDZEE, TEXAS repose sur une logique d’évocation distanciée. D’emblée le ton est donné. Nous sommes confrontés à un univers mêlant souvenirs, impressions et projections. Le décor est singulier, sans doute très personnel. Une belgitude magnifiée fait corps avec la cristallisation amoureuse. L’objet du désir, déjà, ouvre le film. Le prégénérique condense avec économie une kyrielle d’enjeux. À la fois synthèse de l’identitaire de Pim, le protagoniste en devenir, et de l’approche esthétique qui va être développée.

Autosave-File vom d-lab2/3 der AgfaPhoto GmbH

Bavo Defurne filme alors à hauteur d’enfant. Une dynamique de cadrage qui fait corps avec Pim, le protagoniste principal et qui va évoluer avec lui. Pim est homosexuel. La question ne se pose pas tant cela se sent, se ressent. Le réalisateur nous propose de découvrir l’éveil aux sens d’un jeune enfant bientôt adolescent. Alors encore haut comme trois pomme, Pim joue avec différents objets appartenant à sa mère, ancienne Miss des bords de mer. Rien de dramatique. Toutefois le jeu est un premier révélateur. Un jeu qui n’est pas condamné par la mère malgré un étonnement significatif. Les objets que le protagoniste collectionne apparaissent être autant de véhicules de sens. Le foyer qui est le sien est loin de ressembler à un cocon familial. Sa mère est à la fois égocentrique et démissionnaire. Pim trouve ses propres repères au cœur d’un autre foyer, lui aussi marginalisé par l’absence du père. Mais si la routine et la ritualité d’une famille qu’il perçoit comme normale le rassure, Pim y ressent aussi un trouble incommensurable car il est amoureux de Gino, le fils de la famille. L’amitié qui est la leur est déconcertante mais les désirs à l’adolescence ne sont pas les mêmes…

Le scénario est à la fois brillant et classique. Adaptation du roman « Nooit Gaat Dit Over » d’André Sollis, il permet de mettre en place un décor et une époque proches de la projection. Une impression qui se retrouve dans les choix de mise en scène, de décor, de musique, de son… Toutefois NOORDZEE, TEXAS est trop artificiel sans l’être assez, comme s’il n’était pas pleinement assumé. Le réalisateur oscille entre deux ordres de réalités, entre le lyrisme et le social. Sans entrer pleinement dans l’un, sans jamais développer l’autre. L’approche est donc trouble et quelque peu dévastatrice, comme si toujours nous étions confrontés à une représentation.

Rien ne se ressent vraiment, tout se perçoit de manière monstrative. A l’exception du personnage de Pim, les interprétations sont remarquables bien que proches de la caricature – Jelle Florizoone, qui donne vie à Pim, manque cruellement de charisme. Mais si le trait est quelque fois épais, sans doute est-ce pour esquisser les nuances possibles. Car l’histoire de Pim, indépendamment des époques, est loin d’être singulière.

Et la parenthèse au cœur des remerciements du générique final, sur le refus de nombreux parents à ce que leur enfant participe à un film traitant d’homosexualité est un détail plus qu’important. Un détail qui montre qu’il est nécessaire que ce genre de sujet soit traité et développé au cinéma. Un détail qui peut aussi marquer les réserves que le réalisateur a dû rencontrer dans le développement de son projet qui a tout de même abouti à un film indéniablement personnel.

NOORDZEE, TEXAS
♥(♥)
Réalisation : Bavo DEFURNE
Belgique – 2010 – 88 min
Distribution : Kinepolis Film Distribution
Comédie dramatique
EA

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