Non Ma Fille tu n’iras pas Danser

On 17/11/2009 by Nicolas Gilson

Force est de constater que Christophe Honoré est l’un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération ; il atteste d’une parfaite maîtrise du langage cinématographique, témoigne d’une direction d’acteur exemplaire tout en s’appuyant sur une écriture scénaristique brillante et intelligente. Toutefois, enlisé dans une inextricable pédanterie, il se révèle de film en film improbablement fumiste. NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSER n’échappe pas à la règle, tant le récit filmique semble inexorablement cadenassé.

Alors que le spectateur est confronté habilement – et à nouveau – à l’âpreté de la dépression, le réalisateur aborde cette thématique avec une réelle notion d’espoir : jamais il ne condamne ses protagonistes ce qui ancre une dynamique singulière dans le traitement du sujet même. Pour mettre cela en place, le spectateur est invité à rencontrer une famille à la fois unie et divisée afin de mieux appréhender l’individu dans sa singularité. Une réelle logique d’ensemble prend vie, ainsi Honoré fédère proprement un noeud d’influence familial à la fois humain et manipulateur mais attestant toujours d’un amour indéniable.

Le visage de la protagoniste principale du film, Léna, se dessine peu à peu, empreint d’une douleur manifeste. Chiara Mastroianni lui donne corps avec une terrible fragilité. Une force de jeu exemplaire à l’instar de l’ensemble du casting. Christophe Honoré met en scène un brillant récit avec une rare intelligence esthétique. Tout semble fluide et circonspect, habilement pensé. Trop sans doute. Transparaît une pertinente métatextualité qui, cependant trop appuyée, s’avère quelque peu indigeste.

Le spectateur est rapidement et radicalement confronté à l’hypothèse métadiscursive : le patriarche de la famille s’adresse à lui de manière directe, il se livre, se confesse presque en mettant à nu une série de caractéristiques et d’enjeux définissant ses enfants Léna, Frédérique et Gulven. Afin d’ancrer cela, Christophe Honoré recourt à la monstration photographique : une succession de clichés qui illustrent les propos du père, insufflant une dynamique du souvenir et de la construction identitaire qui y est liée.

Tout aussi évident est la mise en scène de la chanson «Making Plans For Nigel» : Nigel un des protagonistes du film, le mari de Léna. Les paroles traduites aux enfants du couple esquissent alors un terrible noeud dramatique, mais développe surtout une criante mise en abyme narrative. Des récits mythologiques aux citations diverses, Honoré met en place une réelle dynamique de sens caché et révélé s’adressant à un spectateur proprement érudit – encore que LES EGARES d’Alfred Hitchcock devrait être un classique connu de tous.

Toutefois, par le billet du récit d’un conte breton, celui de Katell Gollet, le réalisateur semble mettre en garde la protagoniste tout en emmenant le spectateur au sein d’un particulier voyage au coeur même de la narrativité et des symboles qu’elle seule peut véhiculer. Un conte donnant également sens au titre du film, bien que celui-ci soit un autre élément de métextualité renvoyant à la chanson «Le Pont Du Nord».

Une autre chanson, «Another World», d’Anthony & The Johnsons, esquisse un envolée libératrice. Quoiqu’il en abuse presque, Christophe Honoré ancre une métadiscursivité plurielle et intelligente, qui bien que déjà développée dans plusieurs de ses films prend ici une importance prépondérante.

Le seul réel bémol est sans conteste l’irrémédiable présence de celui qui apparaît être son clone cinématographique, un personnage récurrent, sans cesse autre et âprement similaire mais qui revêt ici un double visage : celui à la fois de Gulven et de Simon – interprétés respectivement par Julien Honoré et Louis Garel. Un bien maigre reproche tant NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSER est remarquable.

NON MA FILLE TU N’IRAS PAS DANSER
***
Réalisation : Christophe HONORE
France – 2008 – 105 min
Distribution : Les Films de l’Elysée
Drame

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>