Noir Océan

On 01/10/2010 by Nicolas Gilson

Dès la séquence d’ouverture – un prégénérique qui s’incrira sensitivement et narrativement dans la diégèse en tant que telle – Marion Hänsel nous confronte aux hypothèses mixées de la solitude et de la détermination. Un enfant brave son propre courage. Ses gestes, résolus, conduisent à une trouble révélation alors inintelligible. Les gestes du garçon et son visage sont minutieusement captés au cœur d’une nature magnifiée. Lorsque le micro-récit prend fin, nous sommes confronté à l’étendue de l’Océan. Un plan séquence, presque fixe malgré un léger traveling, où le mouvement est dicté par la seule nature sur lequel s’inscrivent le titre et le générique. L’hypothèse de solitude se trouve alors exacerbée : au milieu de l’étendue d’eau se trouve un bateau, que nous intégrons par le biais de Massina, un jeune homme engagé sur le navire militaire.

Le protagoniste devient alors notre porte d’entrée, notre regard sur un univers singulier. Il nous conduit dans les méandres du navire, nous permet d’en découvrir les visages. Pourtant les choix esthétiques de la réalisatrice sont tels qu’une terrible distanciation s’établit comme indépassable. Jamais nous ne parvenons à rencontrer le jeune homme. Le jeu est récitatif. La mise en scène et l’écriture renvoient à une succession de tableaux. L’errance du jeune homme s’impose. Toutefois la complicité qu’il développe avec le personnage de Moriaty est intrigante. Bien que secondaire ce personnage s’impose comme essentiel. Sans doute est-ce dû à la force d’interprétation d’Adrien Jolivet qui lui donne vie, au charisme que l’acteur dégage. Seul lui parvient à nous troubler. Seul lui parvient à dépasser l’artificialité de la mise en scène. Une artificialité toute paradoxale d’ailleurs : car la réalisatrice opte pour un cadrage serré, elle pose le choix de se placer à hauteur du regard des protagonistes en allant jusqu’à s’y fondre ponctuellement, tout en gardant cependant un distance marquée. Elle en suit les gestes au point de les épouser. La qualité de la photographie est indéniable, cependant une froideur presque chirurgicale ne cesse d’émaner de la captation.

AA ces choix esthétiques et à l’artificialité de la mise en scène, répond un accompagnement musical à la fois étouffant et ennuyeux. Tel un mouvement de vague il ne cesse de revenir comme un leitmotiv. Mais ce faisant il ancre une cruelle dynamique qui n’a de cesse de renforcer la distanciation. Marion Hänsel atteste dans son approche d’une froideur indépassable : la distance qu’elle met en place est paradoxale tant elle nous conduit à nous interroger sur la finalité même du projet. Car si le sujet n’est autres que les jeunes hommes mis en scène – leurs gestes, leurs interactions, leur solitude – jamais il ne nous est donné de les rencontrer. Seuls les mots nous y conduisent : tantôt à travers des échanges dialogiques froids et sans vie, tantôt à travers des monologues récités … jusqu’au triste choix de ponctuer le film à la fois sur un texte en voix-over et sur un intertitre mettant en place un enjeu jamais atteint – un enjeu induit par un contexte qui apparaît trop tardivement.

NOIR OCEAN

Réalisation : Marion HANSEL
Belgique / France / Allemagne – 2010 – 87 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
EA
FIFF 2010 – Regards du présent

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