Critique : Nobody Wants the Night

On 05/02/2015 by Nicolas Gilson

S’inspirant de l’histoire de Joséphine Peary, Isabel Coixet compose un portrait grandiloquent et pompeux. Emporté par Juliette Binoche plus grotesque que jamais, NOBODY WNATS THE NIGHT se noie dans les ténèbres d’une mise en scène artificielle et appuyée où se perdent quelques plans pourtant majestueux. Ridicule.

Appartenir à quelqu’un est ce qui donne du sens aux choses

En 1908, contre l’avis des guides et responsables d’expédition, Joséphine Peary (Juliette Binoche) décide de rejoindre son mari parti en exploration en quête du Pôle Nord. Elle brave les neiges éternelles afin de trouver refuge dans le camp de base où elle attend le retour de l’homme qu’elle aime inconsidérablement. Sa seule compagnie est Allaka (Rinko Kikuchi) une jeune femme inuit qui vit dans un igloo. Femme du monde civilisée, Joséphine envisage avec difficulté cette proximité et est incapable d’apprécier à leur juste valeur les gestes qu’Allaka porte à son égard. Bientôt emprisonnées par l’hiver, les deux femmes, contraintes à s’appréhender, découvrent que, malgré leurs différences, elles ont en commun bien plus de choses qu’elles ne le pensent. Après tout, n’attendent-elles pas le même homme.

nobody wants the night - nadie quiere la noche - isabel coixet - © Leandro Betancor

Ouvrant son film sur une avalanche, Isabel Coixet pose le cadre de la perte d’équilibre. Aussi c’est sans étonnement aucun que la protagoniste qu’elle met en scène se retrouve à perdre pied, à choir sous son propre poids, à tomber pour se métamorphoser… en elle-même. Légère comme une enfant qui ne prête pas attention aux conséquences, Joséphine, que l’on rencontre dans l’effervescence de la mise à mort de son premier ours blanc (ce qui nous la rend peut-être à jamais antipathique), porte un raisonnement qui fait écho aux codes et à l’étiquette de la bourgeoisie. Agissant par amour – une voix-over nous informe de son amour total pour sa mari – elle répond d’une logique assommante qu’elle ne met jamais en cause : ce qui donne du sens aux choses, c’est appartenir à quelqu’un. Joséphine considère appartenir à son mari, de la même manière qu’il lui appartient, et il lui appartient d’être à ses côtés.

La réalisatrice nous confronte à la force de caractère d’une femme déterminée à rejoindre son époux – la logique de cette décision échappe-t-elle à tout le monde et à la raison. Du dialogue à l’encadrement narratif par une voix-over (dont le discours gagnerait à prendre la forme d’un intertitre), de gros plans au cadre hésitant à un effet d’iris abscons, chaque élément semble souligner la centralité du personnage que Coixet observe tel un rat de laboratoire. Cherche-t-elle à se fondre à son ressenti qu’elle ancre par son approche une indépassable distance qui, au fur et à mesure du développement scénaristique, tend au grotesque. L’approche est ampoulée, l’interprétation des plus affectée si bien que le film conduit à rire aux éclats.

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Incapable de transcender l’émotion de sa protagoniste, Isabel Coixet la met en scène offrant alors à Juliette Binoche des scènes proprement ridicules à l’instar de celle où elle exprime sa douleur en se roulant dans la neige jusqu’à en avaler et presque s’enterrer dessous. A la lente mise en place, répond un ballet cousu de fil blanc où l’isolement conduit sans aucune surprise à la folie. Censée mener à une troublante introspection au fil de la découverte de l’autre – ou pouvons-nous l’espérer –, l’expédition se meut en un spectacle désolant ponctué de tableaux sublimes au sens toutefois trop appuyé.

Incarnant la différence et la pureté en réponse à l’égoïste aveuglement de Joséphine, Allaka est tout aussi caricaturale. Rinko Kikuchi se glisse dans la peau du personnage en lui offrant un caractère tellement enfantin qu’il en devient infantilisant. Au-delà, la crédibilité du personnage pose la question de la cohérence du récit pourtant « réel » que Miguel Barros compose pour Coixet. Si la réunion de ces deux femmes, qui aiment un même homme, condense un intense enjeu dramatique, la fluidité de leurs échanges surprend… Cinéma des intentions, contre notre attention.

Nobody-Wants-the-Night-affiche-poster

NOBODY WANTS THE NIGHT
Nadie quiere la noche

Réalisation : Isabel Coixet
Espagne / France / Roumanie – 2015 – 118 min
Distribution : ABC Distribution / September Film
Drame

Berlinale 2015 – Compétition Officielle – Film d’ouverture

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