Noah

On 09/04/2014 by Nicolas Gilson

En s’attelant à la mise en scène d’un blockbuster au budget imposant (130 millions de dollars), Darren Aronofsky signe avec NOAH un film pour le moins dual tout à la fois impersonnel et baroque, démontratif et introspectif. En revisitant le mythe de Noé, le réalisateur tend à faire le portrait d’un homme qui, divisé entre ses certitudes et ses doutes, n’est pas infaillible. Aronofski assoit la récit de la Genèse comme stricte parabole : ancrant un dialogue entre légende et humanité, l’univers en plein déclin apocalyptique dont il dessine les contours est-il autre que le nôtre ?

Noah

« He’s going to destroy the world »

D’entrée de jeu, le réalisateur assoit le caractère fabuleux du film et de l’histoire mise en scène. Aux intertitres contextualisant répondent des images qui deviendront bientôt de réels leitmotivs à l’instar du serpent, de la pomme et du fratricide (Cain tuant Abel). L’artificialité des effets et l’exaltation de la partition musicale détonnent et attisent notre curiosité. L’ouverture du film frôle en effet le kitch tout en rappelant le lyrisme dont fit preuve le réalisateur dans THE FOUNTAIN.

Mais lorsque la narration prend place, cette prime singularité s’estompe, radicalement. Darren Aronofsky balaie l’enfance de Noé à gros traits par jeu d’ellipses en mettant en place sans grande finesse enjeux et caractérisations. Plusieurs mouvements narratifs se succèdent et renvoient aux grandes lignes du mythe (des visions de Noé à la construction de l’Arche ; de l’Apocalypse à l’errance ; du déchirement familial au retour de la colombe). Toutefois le réalisateur se le réapproprie pleinement. Derrière l’efficacité et le caractère démonstratif de l’approche, le scénario permet d’assoir, à travers le déclin auquel court le monde (où – ciel – l’homme est un loup pour l’homme), une mise en parallèle entre fiction et réalité. Aronofsky signe-t-il alors un avertissement nous appelant à prendre garde à la nature et à respecter nos semblables.

Noah-personnages secondaires

Certes l’approche manque de finesse. Noé est un père aimant et mari attentionné qui est animé par la bonté. Toutefois le protagoniste n’est pas épargné par le réalisateur qui après ses certitudes (son dialogue avec Dieu, la nécessaire construction de l’Arche, l’annihilement de la civilisation ou la prédominance de la nature) nous confrontent à ses doutes et à sa propre animalité allant jusqu’à envisager la folie qui emporte le patriarche. Parallèlement, les personnages et récits secondaires n’ont que peu de volume – parviennent-ils à peine à exacerber la tension. Et si Aronofsky offre à l’épouse de Noé non seulement un nom (Naameh) et de prendre une initiative, réduit-il tout de même les femmes à leur fonction d’enfanter (en même temps, certes, il se base sur un récit biblique).

Le choix des costumes et des accessoires mais aussi les interactions entre les plus jeunes protagonistes (notamment la romance appuyée entre le fils ainé de Noé et Ila) sont autant d’incursions contemporaines – quitte à les tourner en dérision. Le mythe est alors intemporel et devient le gage d’une morale plus qu’intelligible. Et si les illogismes sont nombreux, les grandes lignes de l’approche esthétique semblent les gommer tant elles nous emporte dans un mouvement monstratif voire dictatorial. En effet, malgré les longueurs, la fluidité de l’ensemble s’impose indépendamment des raccords houleux. Qu’importe le jeu (souvent artificiel) des acteurs tant l’enrobage musical dicte le moindre ressenti…

Noah-ombres-chinoises

Toutefois au coeur de cet improbable univers réalistico-fantastique et au-delà de la superficialité générale et d’un sentimentalisme appuyé, le réalisateur composent quelques tableaux remarquables. Il ponctue en effet le film de touches barroques qui renvoient sans cesse à l’ouverture du film et de quelques rares séquences hypnotisantes au sein desquelles il ancre un travail singulier sur le montage et l’emploi de la musique ou s’amuse d’une artificialité certaine. Ainsi en jonglant avec des ombres chinoises ou en fondant l’ensemble des animaux en un seul mouvement et une seule entité, Aronofsky parvient-il insuffler à quelques reprises sa personnalité et son regard. Trop peu – et de manière bien trop disparate – malheureusement pour dépasser le simple divertissement.

Noah - Noé - Affiche

NOAH
NOE
♥(♥)
Réalisation : Darren Aronofsky
USA – 2014 – 138 min
Distribution : Sony Pictures
Aventure

Noah_Russell_Crowe

russell-crowe-noah

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