Nine

On 02/03/2010 by Nicolas Gilson

Un spectacle de Broadway rendant hommage aux actrices et au cinéma italien de Cinecita devait-il être adapté au cinéma ? Envisager saluer une production cinématographique riche, plurielle devenue mythique par le médium même, au sein d’une trouble narration qui repose sur une mise en abyme, était une pure gageure. Une réussite aurait été étourdissante. Malheureusement NINE n’est que désolation.

Comment réagir lorsque l’envie de découvrir le film que le réalisateur tourne au sein même du film l’emporte sur celle de découvrir l’intrigue même qui tente de s’inscrire à l’écran ? Comment adhérer à une logique de vain spectacle scénique et démonstratif, censé encenser le cinéma sans jamais en avoir la saveur ? NINE salue admirablement un certain cinéma italien et met en avant avec force une époque … à ses dépends. Le glamour des actrices, l’élégance des costumes ou encore la créativité revoyant à une cinématographie singulière ne peut qu’exciter chez le spectateur l’envie de (re)découvrir les productions d’alors. Et au-delà l’envie de revoir des comédies musicales pensées cinématographiquement et non uniquement selon une logique démonstrative, artificielle et âprement creuse.

L’hommage est là, mais Rob Marshall n’atteste aucunement ni d’une assimilation, ni d’une revisitation de la culture cinématographique à laquelle il renvoie. Au mieux il confronte le spectateur aux fantasmes qui enivrent son principal protagoniste jusqu’à la perdition. Des fantasmes mêlant sexualité et créativé, amours et passions … mais sans réelle saveur. Et s’il rend hommage aux actrices, une unique protagoniste – la costumière alias Judi Dench – existe au-delà de l’apparat, de l’iconographie pure.

L’affiche est alléchante, l’envergure du projet aussi. Il n’est donc aucunement surprenant que des actrices comme Judi Dench, Nicole Kidman, Penélope Cruz ou Sofia Lorren acceptent d’y prendre part. Mais lorsque se mêle au casting Marion Cotillard, Kate Hudson et Fergie la donne flaire le marketing … Qu’importe : le scénario est bien écrit. Il manque d’épaisseur, entre les numéros dansés et chantés, mais il condense magiquement un univers de folies et de fourberies. Sans doute avec trop de féérie … car à mesure que le protagoniste principal, le réalisateur, est désemparé, dépassé par le projet qu’il compose au sein même de l’intrigue, l’ennui consume irrémédiablement le spectateur. La raison est simple : NINE répond à une dynamique du spectacle en tableau, où tout est artificiel, pensé, composé pour épater le spectateur, lui en mettre plein la vue et lui vider la tête. La psychologie censée animée le protagoniste principal – la trame narrative en somme – n’est qu’un prétexte aux paillettes … Le spectateur ne peut donc se fondre à son désarroi, ou même l’appréhender. Il en est tenu à distance. Alors certes les chorégraphies sont impressionnantes et les actrices sont sublimées mais la ligne esthétique est tellement dénuée d’intérêt que l’ensemble s’embourbe si bien que le film ne semble commencer qu’à sa toute fin. Bob Marshall ne tend à aucun moment à un langage réellement cinématographique. Il crée un beau spectacle, certes, sans plus.

NINE
*
Réalisation : Rob Marshall
USA – 2008 – 118 min
Distribution : Paradiso Films
Comédie Musicale
EA

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