Night Train to Lisbon

On 09/09/2013 by Nicolas Gilson

Sur base d’un scénario harassant qui transparaît comme la mise à mort du livre dont il se veut être l’adaptation*, Billie August signe un film ampoulé franchement pathétique voire ridicule. Malgré son casting NIGHT TRAIN TO LISBON déçoit et assomme tout à la fois. Une catastrophe.

night train to lisbon - Jeremy Irons

Professeur conduit par la solitude à jouer aux échecs contre lui-même, Raimund Gregorius (Jeremy Irons) croise une jeune fille perdue qu’il entraîne dans sa classe. Alors qu’elle disparait en laissant sa veste derrière elle, il se saisit du vêtement et tente de la retrouver. Il découvre dans les poches du pardessus un ouvrage en portugais signé par Amadeu de Prado qui contient un billet de train dont le terminus est Lisbonne. Décidé à rendre le livre à sa propriétaire, il se rend sur le quai de la gare mais la jeune fille n’apparait pas. Il monte alors dans le train et quitte Berne… Une fois à Lisbonne, captivé par l’ouvrage (pourtant rédigé en portugais, il le lit vraisemblablement d’une traite), il entame un curieux périple sur les traces des écrits (et) d’Amadeu de Prado.

D’emblée un premier souci de cohérence s’abat comme une gifle : s’il nous est loisible d’accepter la convention consistant à ce qu’un film qui voyage de la Suisse au Portugal et qui confronte cultures et Histoires présente des protagonistes qui s’expriment tous anglais, il est plus que curieux qu’un homme qui ne connait rien de la langue portugaise comprenne un ouvrage rédigée dans celle-ci*. Méchant spectateur que nous sommes de ne pas avoir ôté notre cerveau. Nous nous montrons alors chrétien (terme à l’origine de celui de crétin) et tendons l’autre joue en relevant le fait que le phrasé dans la langue de Shakespeare est dépourvu de logique : entre une portugaise pure souche interprétée par Charlotte Rampling sans accent, une autre par Mélanie Laurent qui nous joue la carte de l’accent portugais ou encore une troisième (Martina Gedeck) qui ne trouve pas ses mots afin de dynamiser l’interaction avec le personnage interprété par Jeremy Irons, nous sommes proprement perdus. Le principe-même de la convention est même mis à mal puisqu’au sein du récit la différence de langue devient un « truc » lorsque cela arrange les scénaristes (Greg Latter et Ulrich Herrmann). Et comment ne pas rire lorsqu’un même personnage interprété par deux actrices différentes (car à deux époques) ne prononce pas les mêmes mots de la même manière… voire lorsqu’il est impossible de comprendre ce que baragouinent certains qui semblent pourtant avoir étudié phonétiquement un texte qu’il tente de réciter.

Comme nous avons laissé notre cerveau au vestiaire (la paire de claques suffit), nous pouvons faire fi des scènes d’évocation où Amadeu rédige son ouvrage qui sont tellement poussiéreuses que nous risquerions de nous endormir devant et ne pas nous poser la question de leur réel statut : projections pittoresques et ridicule de la part de Raimund ou flash-back évocateurs d’une balourdise assassine ? Nous ne faisons évidemment pas attention aux détails (tel le gsm de Raimund qui sans être chargé semble pourvu d’une batterie magique). Plus encore la mise en scène appuyée et artificielle, palpable au point de paraître absurde, ne nous choque pas (et nous ne nous disons pas que Billie August filme avec un Stabilo Boss). De la même manière le jeu maniéré et exagéré de l’ensemble du casting (preuve de la richesse de la direction d’acteurs) ne nous ennuie guère. L’enrobage musical, enfin, nous ravit. Sans cerveau nous trouvons merveilleuse l’idée de colorer l’époque passée de filtres qui varient selon l’émotion que veut transcender le réalisateur (une émotion à dessein soulignée par la musique et le jeu monstratif). Et enfin nous trouvons que le cadrage fait sens, que la trame scénaristique est majestuseuse et que le montage sublime l’ensemble : nous n’avons pas peur et nous trouvons le film (si) beau tant nous croyons à l’émoi des protagonistes et à l’histoire d’amour naissante !

Mais attention dotés d’un esprit de réflexion (celui laissé au vestiaire afin de ne pas nous faire mal), nous pourrions nous montrer butés et trouver qu’en signant l’adaptation cinématographique du livre de Pascal Mercier, Billie August assassine purement et simplement l’ouvrage.

*Élément d’autant plus curieux que dans l’ouvrage de Pascal Mercier, la barrière de la langue est un des moteurs de l’intrigue…

Night train to lisbon - affiche

NIGHT TRAIN TO LISBON

Réalisation : Billie August
Allemagne / Portugal / Suisse – 2013 – 110 min
Distribution : Paradisio
Romance / Thriller

Berlinale 2013 : Sélection Officielle – Hors Compétition

night train to lisbon - flash-back

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