Critique : (n)iemand

On 20/11/2008 by Nicolas Gilson

Tomas, la quarantaine, est marié avec Sara. Ils forment un couple, extérieurement épanoui, vivant en banlieue. Tomas est hanté par la possibilité que sa femme le quitte, sans raison, par ennui de lui. Secrètement il met en place un projet fou, celui de disparaître et de changer de vie…

IMPOSSIBLE RENCONTRE

Le titre original du second long métrage de Patrice Toye, (N)IEMAND, présente une dualité à la fois envoûtante et intrigante. Il est aussi le moteur même du film car il lui donne sa dynamique. Ce n’est pas anodin s’il s’inscrit après une longue scène d’introduction se ponctuant sur un douloureux constat : celui du désir de changer de vie.

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Ce titre rassemble un terme et son contraire, sa négation. Il pose une question folle, celle très shakespearienne du questionnement identitaire. D’emblée nous savons que nous sommes dans une trame plus psychologique que narrative. Celle-ci se compose en trois phases, se succédant et se répondant. Une construction intelligente qui cependant manque de corps.

Trois phases qui semblent renvoyer à trois chapitres à la teinte légèrement différente. L’introduction est froide et efficace, directe. La séquence d’ouverture en est exemplative. Nous sommes à la fois proche et éloigné du personnage central. Cette dualité s’effacera ensuite peu à peu au point de nous porter au plus proche de lui par le recours à un cadre le plus souvent serré.

Cependant la dualité entre narrativité et psychologisme qui est inscrite dans le titre vient rapidement court-circuiter la fluidité du récit. Pour ce faire la réalisatrice effectue un travail sur le son et nous emmène sur les chemins de l’onirisme.

Cette double opération a cependant la lourde conséquence de nous placer à distance du protagoniste et de son questionnement psychologique. Si la chute vers l’onirisme a l’intérêt de nous perturber, elle n’est néanmoins pas claire. En fait les séquences oniriques apparaissent se desservir les unes les autres au point de n’être plus que des images, sortes de métaphores plus visuelles et graphiques que sensitives. D’aucun y verront sans doute la continuité d’un réalisme magique…

Le travail sur le son n’est lui non plus pas clair. Trop d’effet tue sans doute l’effet, si bien que le questionnement que la modulation sonore engendre dans un premier temps se perds lui aussi peu à peu. Tout cela devient tristement opaque. Une certaine obscurité semble dès lors se dégager, engendrant une distanciation complète.

Aussi nous ne sommes pas touché par ce qui devrait nous envoûter. Nous ne parvenons pas à faire corps avec les personnages si bien que leurs gestes et leurs intentions deviennent nébuleux. Le psychologique qui les habitent nous devient étranger. Nous cherchons dès lors improbablement à les comprendre, alors que notre intérêt serait de se fondre en eux.

(N)IEMAND témoigne malgré tout d’une étrange poésie. Les personnages s’avèrent touchant à mesure qu’ils se révèlent. Mais si cette poésie séduit, ses excès de figures épuisent. Toutefois elle garde un charme certain.


(N)iemand – Bande-annonce par dh_be

NOWHERE MAN
(N)IEMAND
**
Réalisateur : Patrice TOYE
Belgique – 2008 – 95 min
Distributeur : Kinépolis Film distribution
Drame

(n)iemand affiche

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