Nicolas Provost : Entrevue

On 22/11/2011 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Nicolas Provost à l’occasion de la sortie de son premier long-métrage L’ENVAHISSEUR (The Invader).


Comment est né L’ENVAHISSEUR ?

Après avoir fait EXOTICORE, je voulais écrire pour Issaka (Sawadogo). Je me suis posé alors la question de savoir ce que je faisais avec un africain dans un premier rôle qui soit intéressant, qui touche les gens et qui parle d’aujourd’hui. Je me suis très vite retrouvé dans une problématique d’immigration alors que c’était justement ce que je voulais éviter. J’étais placé dedans pour raconter l’histoire d’un anti-héros en avant-plan : ne pas faire un énième portrait sentimental sur la problème de l’immigration mais de le situer dedans en tant qu’individu. Une des premières idées était donc « l’anti-héros » car c’est un personnage de cinéma que j’adore. L’anti-héros est contradictoire, comme nous. Au cinéma, c’est magnifique car il se bat contre le monde et contre ses propres démons.

Quels sont les démons d’Amadou ?

Déjà de partir à l’aventure à la recherche du paradis, de sa place dans le monde. Il est très entreprenant, il cherche une meilleure place. Il se retrouve très vite dans l’enfer et il essaie de survivre.

Il est de nature positive.

C’est ce que j’aime dans ce personnage : il n’abandonne pas, il reste positif, il ne tombe pas de le « misérable ». Il n’a rien (il n’a pas d’argent, il ne sait pas où dormir, il ne connaît personne) et il projette tout sur cette seule rencontre qu’il a eu avec cette femme (Agnès) qui est non seulement belle mais qui l’invite aussi à la prospérité.

Est-ce là de la projection ou de la fascination ?

Les deux. Ce qui est intéressant dans le film, alors que l’on aime déjà Amadou, le moment où cela bascule arrive lorsque l’on doute de ses intentions. On sait que ça parle de nous : comme on le comprend, on commence à refléter ce que l’on projette sur les immigrés, sur les autres, sur les « envahisseurs ». Et c’est cela qui met alors le public mal à l’aise.

Il y a d’emblée une opposition visuelle entre deux univers. Dans la séquence d’ouverture, Amadou apparaît en contre jour.

J’aime bien jouer avec des contraste dans tout ce que je fais. Dans les décors, dans le mondes des protagonistes. Il serait en réalité improbable que les deux personnages se croisent. Mais que cette brève rencontre crée une telle tragédie me semble très beau.

Comment avez-vous travailler les hypothèses sonores et musicales ? La musique préexistait-elle ?

Non, elle est venue à la toute fin du montage. Nous avions fait, le monteur et moi, des maquettes qui pour nous donnaient le juste ton du film. Les compositeurs ont travailler à partir de ça. Et la collaboration a été magnifique car ils ont bien écouté ce que je leur ai demandé. Ils l’ont fait sur très peu de temps et sur mesure. C’était incroyable : non seulement c’était de bons compositeurs mais ils comprenaient le cinéma : comment on raconte une séquence et ce que cette séquence veut dire dans la globalité du film. Il y avait des mots clés comme « danse de la mort » et « respiration » car le personnage est un peu comme un monument qui respire lentement à travers le film et qui se laisse sucer par ce monde. Par exemple quand Amadou est devant l’appartement d’Agnès, la nuit, et qu’elle s’enfuit, lorsqu’il comprend qu’il n’y a plus rien, la musique amplifie tout ce monde qui s’écroule et va vers la danse de la mort. A partir de là, c’est un cauchemar.

Trois entités sont liées dans le film : le visuel, le son (et la musique) et le corps.

J’ai vu Amadou comme un monument. J’ai installé tous les personnages comme des archétypes. Agnès est un personnage que l’on retrouve dans le cinéma des années 80 ou même 70 et 60, comme Monica Vitti ou Jacqueline Bisset, que l’on peut ensuite dépeindre avec de nouvelles couches de chair et de sang. Les personnages sont comme des monuments qui se déplacent.

On retrouve des thématiques narratives qui étaient présentes dans vos court-métrages comme la confrontation à « l’autre », mais aussi des thématiques visuelles comme les tunnels ou la division.

Les tunnels je savais déjà que j’allais utiliser cela comme de la science fiction. En les plaçant après la scène d’ouverture, ces tunnels sont comme l’extension du vagin de la femme. Comme s’il était né de la femme, comme s’il était dedans à la recherche de la femme. Mais c’est aussi son voyage de l’Espagne à Bruxelles et, déjà, l’annonce de son parcours psychologique.

Pourquoi Bruxelles ?

C’est une ville super cinématique. Je voulais que Bruxelles soit un personnage principal, qui pèse « claustrophobiquement » sur Amadou. Je voulais aussi un décor universel, que l’on retrouve dans le langage du cinéma américain. Je ne voulais pas quelque chose de local.

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