Ne Te Retourne Pas

On 24/06/2009 by Nicolas Gilson

Alors que Jeanne travaille sur un premier roman autobiographique, elle est sujette à des visions étranges et constate des changements autour d’elle. Ceux-ci l’angoissent d’autant plus que son entourage ne semble pas s’en apercevoir…

BOULEVERSANT VOYAGE AU SEIN DU RESSENTI

Gageure improbable de réunir pour un même rôle Sophie Marceau et Monica Belluci, et pourtant Marina de Van les dirige habillement au sein d’un drame psychologique aussi singulier que bouleversant. Ne te retourne pas est un film aussi surprenant que riche qui nous emmène au coeur d’un terrible questionnement identitaire.

Celui-ci est appréhender selon une logique telle que nous nous fondons au désordre psychologique qui anime la protagoniste principale autant qu’il ne la trouble. Cependant l’ouverture du film ne laisse pas présager ce basculement radical vers un cinéma du ressenti. Malgré une impressionnante scène d’ouverture mettant en place l’hypothèse du fractionnement corporel ou soulignant de manière appuyée celle de la réflexion de soi, la découverte du personnage de Jeanne, alors interprétée par Sophie Marceau semble fort rhétorique. Mais le caractère anodin de cette introduction, où déjà une vision envoûte la protagoniste tandis qu’elle nous rend interrogatif, est nécessaire afin d’acter du basculement psychologique qui va rapidement s’inscrire.

Si la musique originale souligne celui-ci, c’est avant tout au travers de l’hypothèse visuelle que Marina de Van le met en scène. A cette fin, un travail est effectué sur la matière même d’abord par la protagoniste du récit, ensuite par la réalisatrice. Les images vidéo et les photographies s’émancipent ainsi rapidement du simple statut d’objets. Elles permettent de visualiser les failles qui animent Jeanne. Ce sont les gestes qui quotidiens qui sont premièrement remis en cause, ces gestes anodins qui sont autant de rituels induits.

Mais rapidement le désarrois qui bouleverse la protagoniste devient l’objet même de représentation. Nous sommes alors confronté à ses perceptions : nous adhérons à son propre point de vue psychologique. Nous sommes en fait plongé dans son propre désarrois, d’abord de manière distanciée – elle même gardant une distance quant à ce qu’elle ressent, ensuite de manière irrévocable – Jeanne s’effaçant au profit d’elle-même.

La visualisation de la dualité psychologique s’inscrit peu à peu dans un rapport au corps. Le corps devient à la fois objet et sujet. Il perçoit les différences tout en en étant le terrain. Le basculement psychologique va ainsi s’inscrire de manière irrévocable dans les modulations corporelles – où la réalisatrice intervient sur la matière même. Les démangeaisons conduisent à la transformation : les traits de Sophie Marceau s’effacent peu à peu laissant place à ceux de Monica Belluci. L’un n’a alors de cesse de devenir l’autre avant de le dominer.

Mais au-delà la réalisatrice parvient à nous fondre au sein d’un univers empreint de symboliques plurielles : du cinéma de Fritz Lang au modulations physique de la jeune Alice de Lewis Carrol en passant par un questionnement féministe. Témoignant d’une réelle intelligence cinématographique Marina de Van nous impose un curieux voyage au sein du ressenti : faisant corps avec Jeanne nous ne pouvons au final plus nous en distancier.

NE TE RETOURNE PAS
♥♥♥♥
Réalisation : Marina DE VAN
France – 2008 – 111 min
Distribution : Cinéart
Drame/Thriller
Enfants Admis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>