Interview : Nahuel Pérez Biscayart

On 25/11/2014 by Nicolas Gilson

Nahuel Pérez Biscayart tourne peu mais de manière intense. Révélation du cinéma argentin de la fin des années 2000, il est repéré par Benoît Jacquot qui le dirige dans AU FOND DES BOIS (2010) avant d’être l’un des atouts de GRAND CENTRAL de Rebecca Zlotowski (2013). Dans JE SUIS A TOI de David Lambert, il interprète Lucas, un escort argentin qui, rêvant d’un vie meilleure, s’envole vers la Belgique où il devient l’apprenti d’un boulanger qui pense pouvoir acheter son amour. Rencontre.

Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? – David m’avait déjà vu dans AU FOND DES BOIS et dans un film argentin je crois. J’ai été contacté par la directrice de casting qui cherchait des comédiens argentins et elle m’a envoyé un scénario. Je l’ai lu. Je ne sais plus si on a fait un skype avec David… Le hasard a fait que je suis allé à Cannes et lui aussi. On s’y est vu. On a travaillé le scénario ensemble pendant quatre jours et j’en ai profité pour regarder ses films. On a travaillé pour voir si on avait envie de travailler ensemble.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans le scénario ? - C’est quand j’ai rencontré David et que je l’ai entendu en parler ; la manière dont il voulait tourner cette histoire. C’est un sujet difficile à raconter. Du coup j’avais plus envie d’en parler avec lui que de simplement lire le scénario. On s’est très bien entendus – ce qui me semble important quand on fait un film aussi intime. Pour que quelque chose se produise il faut se sentir à l’aise avec le réalisateur. Lucas est un personnage très éloigné de moi et interpréter quelqu’un qui ne te ressemble pas trop est toujours un défi.

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Le personnage se met à nu, au sens propre du terme. Le film présente plusieurs scènes de sexualité. Vous aviez des appréhensions ? – Les scènes de sexe étaient très cadrées et leur tournage très précis. Je pense que le plus difficile ça a été les scènes où le jeu-même était plus complexe. Mais si tout se passe bien sur le plateau et si l’ambiance est chouette au sein de l’équipe, si le réalisateur te regarde avec amour, on se sent accompagné.

Vous avez obtenu le prix d’interprétation au Festival de Karlovy Vary où JE SUIS A TOI faisait sa première. – J’étais heureux parce qu’il y avait le musicien de Sigur Rós dans le jury. J’ai été dans quelques jurys et les prix sont tellement subjectifs que je ne vais pas en tirer la moindre fierté. C’est intéressant d’un point de vue « carrière » parce que les gens y prêtent beaucoup attention. Sinon, je n’aime pas les consécrations, les labels c’est quelque chose qui te fige.

Le film y a été reçu comme une comédie. C’était étonnant ? – J’ai vu le film avec David dans la salle de montage. Un moment où tu es traversé par tellement de sentiments que tu n’as pas le recul pour rire. Il y a plusieurs éléments qui ont fait que le film a été reçu comme une complète comédie à Karlovy Vary notamment le nombre de personnes dans la salle et le côté festif de la première mondiale. Après c’était moins festif à Montréal et ici (à Gand). J’aime beaucoup le côté comique du film. On le percevait un peu au tournage mais on n’appuyait pas trop dessus. Ce qui est bien, comme ça on n’a pas gâché ce potentiel comique.

Quelle a été ta réaction à la découverte du film ? – Ça m’a surpris, positivement. J’ai beaucoup aimé. J’ai beaucoup de mal à comparer le scénario avec ce qu’on a tourné ou ce qu’on projette. C’est tellement un processus qui passe par le corps. Je n’arrive pas à intellectualiser. Quand je tourne, si quelque chose ne va pas au niveau du scénario, je le ressens dans le corps. Je suis très ouvert à tout essayé. Mais si ça ne fonctionne pas, je le ressens. Et puis, les choses qui ne vont pas sur le plateau ne restent pas dans le montage final.

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Vous avez découvert la Belgique en tournant dans un petit village, la transition depuis Buenos Aires n’a pas été trop radicale ? – Je connais assez bien l’Europe, donc ça ne m’a pas spécialement choqué. Mais j’ai essayé de garder mon propre égarement pour le personnage en arrivant sur le plateau. Mais je pense que les acteurs sont un peu des prostitués : on se vend tout le temps en travaillant avec des gens différents à chaque fois. C’est un métier très changeant. On travaille pour se faire accepter et pour se faire aimer. C’est en un sens très transposable dans le métier de la prostitution. Comment Lucas séduit Henri pour avoir ce qu’il cherche, de l’argent, et pour qu’il s’occupe de lui un peu.

Qu’est-ce que vous cherchez à travers le jeu ? – J’essaie de ne pas trop y penser. Sinon ça peut bloquer le jeu. J’essaie de trouver des « accidents ». Ce qui me plait dans le cinéma, c’est qu’on enregistre des morceaux de réalité. Même si c’est « faux », c’est une réalité parallèle qu’on construit et qu’on enregistre. Je cherche à parvenir à des moments qui se produisent sans qu’on ne cherche à les provoquer : être disponible pour ces instants magiques, « non fabricables » qui se produisent sur un plateau. C’est que qui est beau au cinéma. Ce qui est très différent du théâtre où il y a une fabrication presque sociale, physique, sur la scène. Mais je le fais parce que ça me fait plaisir. C’est un peu comme une drogue.

Qu’est-ce qui vous a conduit vers la comédie ? – Je me suis inscrit à un atelier de théâtre à l’école secondaire. Je pense que c’est parce que l’établissement était très ennuyeux. J’avais envie de tout renverser. Et c’était une escapade, une échappatoire. Puis on a fait les Olympiades de théâtre à Buenos Aires où j’ai reçu quelques prix. J’ai eu envie de continuer. Il n’y a pas eu de choix prémédité, je me suis retrouvé à faire quelque chose que j’aime. Avant de vraiment me plonger dans le jeu, j’ai étudié deux ans aux Beaux-Arts mais je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Le jeu me permet de faire tout.

Nahuel

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