Critique : My Little Princess

On 05/10/2011 by Nicolas Gilson

Violetta vit avec sa grand-mère et souffre de l’absence de sa mère, Hannah. Elle est en quête d’amour maternel, aussi lorsque Hannah lui propose de poser pour elle, Violetta y voit une reconnaissance et une complicité qui lui réchauffent le cœur. Cependant Hannah prend des clichés érotiques de sa fille et l’oblige à quitter l’enfance radicalement.

My Little Princess - Isabelle Huppert

Pour ses débuts en tant que réalisatrice, Eva Ionesco met en scène un récit en grande partie autobiographique. Alors qu’elle fut photographiée par sa mère dès l’âge de quatre ans dans des mises en scène érotiques, elle opte pour une première prise de distance afin de ne pas faire subir à une jeune enfant l’expérience troublante qui fut la sienne. Son double cinématographique, dont le nom n’est pas anodin, a donc une dizaine d’année. Ce qui atténue le caractère choquant sans pour autant ôter leur force aux enjeux appréhendés et aux questions soulevées. Des questions certes éthiques mais aussi et avant tout psychologiques.

Violetta grandit trop vite. Encore enfant elle adopte peu à peu un comportement transgressif d’une rare vulgarité. La fillette prend conscience de la violation que sa mère lui fait subir à mesure que celle-ci repousse les interdits. Sans doute la réalisatrice règle-t-elle des comptes, mais s’impose envers et contre tout un amour réel pour le personnage de Hannah. Un personnage fantasque, presque irréel, qui subjugue au même titre qu’il rebute.

Si l’écriture est quelque fois trop palpable, sans doute est-ce dû à la distance nécessaire à la réalisatrice pour ne jamais sombrer dans le pathos.

Eva Ionesco ancre l’hypothèse de la narration grâce notamment aux renforts musicaux. La composition originale de Bertrand Burgalat crée une dynamique oscillant entre le conte pour enfant et le cinéma fantastique voire d’horreur. Deux genres s’entremêlent et mettent en place un contrepoint pertinent. Le basculement psychologique – moral – qui prend place au sein de la narration est ainsi exacerbé. Les décors et les costumes qui sont très recherchés participent eux aussi à la narration. A mesure que les personnages évoluent, leur grade-robe se module et leur environnement les définit.

La photographie du film est à la fois maitrisée et superbe tandis que les choix de cadrage opérés par la réalisatrice sont judicieux. Hannah s’accompagne d’un double, son reflet. Elle est obsédée par l’image au point d’en être une elle-même.

Isabelle Huppert est majestueuse, la jeune Anamaria Vartolomei est extraordinaire et le couple qu’elles forment à l’écran est troublant. MY LITTLE PRINCESS est un film fort et déconcertant.

MY LITTLE PRINCESS
♥♥(♥)
Réalisation : Eva Ionesco
France – 2011 – 105 min
Distribution : ABC Distribution
Drame
FIFF 2011 – Compétition Emile Cantillon
Cannes 2011 – Semaine Internationale de la Critique – Séance spéciale anniversaire

My Little Princess My Little Princess

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