Mr Nobody

On 13/01/2010 by Nicolas Gilson

Jaco Van Dormael signe un film esthétiquement remarquable mais d’une excessive naïveté scénaristique – malgré une paradoxale apparente complexité narrative. Indéniablement, le manque cruel de richesse du scénario fait de MR NOBODY l’enfant pauvre du réalisme magique : « Tout ça pour ça » s’impose avec expression. Bien que le réalisateur ancre plus avant une démarche réflexive entamée avec TOTO LE HEROS et enrichie avec LE HUITIEME JOUR (autour de la prédestination, des conséquences d’un acte ou d’un simple choix), son développement s’avère ici bien maigre voire tout bonnement niais.

Cela importerait peu si le spectateur parvenait à entrer au coeur de l’improbable aventure que vit Mr Nobody, s’il était convié à ressentir les choses. Cependant cela s’avère impossible tant la relation unissant le spectateur au protagoniste principal est la distanciation ; une irrémédiable et radicale distanciation. Mr Nobody porte bien son nom. Ballotté d’un pan de récit à un autre, découvrant un personnage plus schizophrène que trouble, le spectateur est proprement perdu. Toutefois l’intérêt même du film est là : confronter le spectateur à tous les possibles. Mais sans dimension emphatique cela s’impose comme un pur exercice de style, une désolante démonstration dont la chute est loin d’être vertigineuse.

La naïveté même du récit comporte la richesse de l’univers du réalisateur, mais en ne pensant pas son développement avec affect Jaco Van Dormael ancre un cruel abysse. Un abysse coloré, surprenant, impressionnant, renversant voire même époustouflant dont la fantaisie – ou l’excentricité – ne permet pas de pénétrer la simplicité imaginative qui en est mère. La mise en scène, la photographie ou encore les décors sont spectaculaires. La réalisation est saisissante. Mais Jaco Van Dormael, en multipliant les effets, semble définir le spectateur en tant que tel. Le numéro est magique, les paillettes émerveillent mais le film n’enivre pas. Le réalisateur pêche par excès, un excès appuyé par la pluralité des renforts musicaux qui ancrent plus avant la distanciation.

La direction d’acteur s’impose comme majestueuse. Bien qu’impressionnant le casting est trouble : premièrement par la concision de certaines participations, secondement par l’étrange impression de retrouver Sandrine Blancke derrière le visage de Jared Leto, Juno Temple ou encore Diane Kruger – comme si les traits de l’actrice ayant donné vie au personnage d’Alice dans TOTO LE HEROS  fascinaient le réalisateur.

Mr NOBODY
♥♥
Réalisation : Jaco Van Dormael
Belgique/France/Angleterre/Canada – 2009 – 137 min
Distribution : Belga
Drame
EA

mr-nobody-original Mr._Nobody_girls

5 Responses to “Mr Nobody”

  • Bonjour Emma,

    Merci pour ta réponse. Quand je relis mon premier message, je me dis que je n’ai pas été très tendre ;-) . Je comprends mieux maintenant ce qui me semblait être une hypocrisie et qui n’est qu’une différence d’opinion (dommage que tu n’aies pas toi aussi posté ta critique). J’ai lu sur le site que la version longue serait projeté en Belgique. Nous n’aurons probablement pas la même chance en France :-(
    J’envisage de créer un site sur Jaco Van Dormael. Je vous recontacterais sans doute alors (probablement pas avant quelques mois) pour vous demander la permission d’ajouter votre critique et votre interview.
    En tout cas merci pour votre site et vos interviews.

  • Cher Didier,
    Merci pour tes remarques. Certe, Nicolas n’a pas totalement apprécié le film de Jaco. Pour ma part (je suis celui qui a réalisé la vidéo), j’ai apprécié le film.

    Nous sommes deux ! Deux avis !

    Nicolas est-il intello ? Euh… Je lui pose ta question… Mais parfois, je ne comprends pas non plus ce qu’il dit :-)

  • « … en ne pensant pas son développement avec affect Jaco Van Dormael ancre un cruel abysse… »

    Houlala! Et en français ça veut dire quoi ? ;-)
    Pourquoi ne pas garder un style simple comme dans vos vidéos? Est-ce pour faire intello? Dans ce cas évitez les répétitions (ancre plus avant, ancre, ancre plus avant une nouvelle fois…)

    En plus je vous trouve un peu hypocrite de dire que vous avez apprécié le film pendant l’interview de Jaco et de faire ensuite une critique plutôt négative.

    Bon, peut-être est-ce moi qui ne suis pas objectif car j’ai adoré le film que j’ai vu 4 fois découvrant des pistes d’interprétation différentes et de nouveaux détails à chaque vision. Contrairement à vous, je n’ai pas trouvé le scénario vide mais au contraire très riche. S’il n’offre aucune réponse, Jaco pose un multitude de questions. Questions qui me semblent moins « niaises » que celles posées par votre reporter (Est-ce que c’est un film poétique? Est-ce que c’est un film d’amour? …)

    Pour finir sur une note positive, je trouve que votre site est très bien fait et j’ai beaucoup apprécié certaines de vos interviews comme celle du jeune Amir (Oscar et la dame rose)

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