Critique : Mr. Holmes

On 20/07/2015 by Nicolas Gilson

Après l’inénarrable THE FIFTH ESTATE, en mettant en scène l’adaptation du roman « Les Abeilles de monsieur Holmes »* de Mitch Cullin, Bill Condon signe avec MR. HOLMES un retour conventionnel. Caramel au coeur tendre dans un papier satiné, le film offre à Ian McKellen le rôle désarçonnant de Shelock Holmes à l’hiver de sa vie. Un thriller intimiste et délicat.

Retiré depuis de nombreuses années dans le Sussex, Sherlock Holmes rentre d’un voyage au Japon où il est parti en quête d’une source de jouvence. Entouré de ses abeilles, d’une gouvernante et de Roger, le jeune fils de cette dernière, l’ancien détective couche sur le papier le récit de son ultime affaire. Atteint de troubles de la mémoire, il doit toutefois mener l’enquête au travers du labyrinthe de ses souvenirs…

Mr.Holmes

Joliment orchestré, au sens propre comme au figuré, MR. HOLMES s’ouvre sur le retour du protagoniste principal dans la maison où il a jadis choisi de vivre sa retraite. En quelques scènes le caractère du protagoniste se dessine comme bougon et solitaire tandis que le personnage de Roger s’impose comme un futur complice. Antre au coeur de sa réserve, le bureau de l’ancien détective est un espace privé qui fascine fatalement le jeune enfant. Curieux, il farfouille dans les affaires du célèbre enquêteur dont il lit les notes avec passion. Contraire à cette intrusion, Mr. Holmes offre néanmoins peu à peu au gamin le contenu de sa rédaction tout en attisant son âme d’investigateur. Le vieux loup solitaire ne l’est plus tant.

Parallèlement à cette ligne narrative, Bill Condon nous emporte au coeur du récit au fil de sa composition. Une mise en abyme romanesque et quelque peu surannée dont la résolution se révèle inconnue au héros devenu, pour la première fois, narrateur de ses propres aventures. Une donnée qui devient l’enjeu crucial du film.

Mr Holmes

Vieillissant, Sherlock Holmes, s’accroche maladroitement à la vie. La rencontre avec Roger, forcée tant il s’impose à lui, le conduit à emprunter le chemin de la transmission. La première passion partagée est celle, excitante, de l’investigation. L’homme qui impressionne l’enfant le tient en haleine par la suspension de son histoire (et nous par la même occasion). Il nourrit la curiosité de Roger de son savoir en distillant celui-ci au travers de son intérêt pour les abeilles. Mais s’il s’ouvre peu à peu à une nouvelle complicité, Holmes se sent condamné par une maladie incurable : la vieillesse.

Celle-ci ancre une notion temporelle qui permet au réalisateur d’attiser notre attention. Le protagoniste perd en effet de plus en plus la mémoire – un constat marqué par le personnage-même qui note d’un point chaque oubli – jusqu’à risquer de se perdre lui-même.

Est-elle artificielle que la mise en scène est efficace : les lignes narratives sont clairement identifiables et les enjeux vivement soulignés. Nous nous laissons prendre au piège, malgré ou selon l’enrobage, grâce à l’interprétation majestueuse et proprement troublante de Ian McKellen qui parvient à moduler le visage et la force de caractère d’un personnage qu’il nous propose de redécouvrir au fil d’une ultime évolution.

*A Slight Trick of the Mind, Mitch Cullin, Ed. Nan A. Talese/Doubleday, 2005
(Publié en français sous le titre Les Abeilles de monsieur Holmes, Ed. Naïve, 2007)

Mr Holmes - posterMR. HOLMES
♥/♥♥
Réalisation : Bill Condon
Royaume-Uni / USA – 2015 – 103 min
Distribution : Paradiso Films
Drame / Thriller nostalgique

Berlinale 2015 – Sélection Officielle Hors-compétition

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