Mother

On 23/11/2010 by Nicolas Gilson

MOTHER s’ouvre sur la confrontation avec Kim Hye-ja, l’icône-même de la mère en Corée, qui, seule au milieu d’un champs, se met à danser, à exulter. De la centralité de la femme transparaît celle de la figure maternelle, et d’emblée nous en devenons complice. Une singularité de ton émane de cette séquence sensible où la musique revêt une dimension capitale. Une musique joyeuse et enivrante qui ancre la complicité, tout en mettant en place un curieux décalage.

Déjà l’hypothèse musicale se veut sensitive et ironique. Le réalisateur l’emploie tout au long du film afin d’engendrer des contrepoints, de jouer sur et avec la dynamique du genre, d’attester de sarcasme mais aussi pour exacerber de manière ponctuelle le désarroi. Un pur régal.

Rapidement Bong Joon-Ho excite une logique propre au genre. Le son est travaillé de manière âpre dans le but de nous faire ressentir le stress, l’angoisse et la palpitation. Il crée d’efficaces gros plans sonores qui, liés à des actions possiblement violentes, promettent de nous retourner. Ainsi lorsque nous découvrons la mère dans son quotidien, elle s’emploie, dans son officine, à cisailler des herbes tout en observant son fils qui se trouve dans la rue. L’objet tranchant est central d’un point de vue sonore alors que l’attention visuelle est portée sur un action toute autre, à savoir le fils et le regard de la mère sur ses agissements. Afin d’exacerber notre attente, le réalisateur met en place un logique de montage liant l’angoisse perceptible de la mère quant à son fils à une toute autre angoisse, qui est nôtre, de la voir se couper la main. Le ton est donné ! Un jeu incessant quant à nos attentes est mis en place, tandis que la dynamique de genre ne cesse d’être mise à mal.

La centralité de la mère semble d’abord s’épuiser. Mais c’est qu’il est nécessaire d’en esquisser la réalité afin de la rencontrer : nous découvrons dès lors son fils afin de pouvoir la suivre dans sa quête éperdue. Car pour comprendre son obstination, il nous est nécessaire de découvrir sa relation au fils. Le scénario est habile, à la fois drôle et sensible, il envisage avec originalité le combat d’une mère. Mais au-delà il esquisse une réelle moquerie, et donc une réflexion, quant à la politique, la société, la jeunesse ou encore la police coréennes.

L’approche esthétique est brillante. Joon-Ho redonne même sens à la logique du flash-back et de l’évocation. Il y recourt avec pertinence leur donnant un sens de révélateur ou de déclencheur. Il ancre une approche plurielle de cette convention en fondant ponctuellement les réalités temporelles.

MOTHER est donc un film pluriel qui ne cesse de rebondir tout en mettant en place un doux regard sur la figure maternelle. Une expérience sensible.

MOTHER
♥♥(♥)
Réalisation : Bong Joon-Ho
Corée du Sud – 2009 – 128 min
Distribution : BFD
Drame

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