Critique : Mort à Sarajevo

On 30/11/2016 by Nicolas Gilson

Nous plongeant dans les coulisses d’un grand hôtel de luxe alors que se prépare la cérémonie de commémoration du déclenchement de la première guerre mondiale, Danis Tanovic dresse un pont à travers l’Histoire et questionne le devenir de l’Europe. Parallèlement à cette mise en perspective, il façonne au fil du développement de MORT A SARAJEVO un portrait mutiple de la société bosniaque et de ses contemporains. Une société gangrénée, divisée et en perte d’idéal, qui, comme l’Europe, se voile la face.

Smrt u Sarajevu - Mort à Sarajevo 02 Danis Tanović © Margo Cinema & SCCA:pro.ba.jpg

Le film s’ouvre sur l’enregistrement d’une émission de télévision. Une journaliste fait face à l’objectif d’une caméra video dont les images, que nous percevons, sont légèrement striées. Déjà nous avons rendez-vous avec l’Histoire puisque la journaliste évoque la duchesse Sophie et l’Archiduc Franz-Ferdinand. Un récit historique abordé sous l’angle de la lecture plurielle des rebondissements qui ont ensuite touchés la ville de Sarajevo et ses populations. Le tournage de l’émission nous conduit dans le théâtre d’une intrigue plus large que compose avec soin Danis Tanovic. Hante-t-elle le film que l’histoire de Sarajevo fait place à sa réalité commune incarnée par l’hôtel. Nourrissant en leitmotiv le scénario, au fil des séquences où l’on retrouve la journaliste ou de séquences où un français invité par le Président récite son discours, l’Histoire devient le miroir dans lequel nous sommes invités à nous regarder.

Travaillant avec fluidité sur la séquentialité des scènes et exacerbant certaines sonorités, Danis Tanovic attise notre tension et, au fil d’un chassé-croisé, nous immerge proprement au coeur d’un microcosme qui se dessine comme l’allégorie de nos sociétés régies par l’argent, le pouvoir et les apparences. Nous confrontant avec un humour certain au quotidien d’une galerie de personnages, il nous fond principalement au regard du directeur de l’établissement (Izudin Bajrovic) et à celui de Lamija (étourdissante Snezana Markovic), l’adjointe à la direction. Alors que la journaliste reçoit plusieurs historiens et bientôt Gavrilo Princip, descendant de l’assassin de Franz-Ferdinand, le personnel de l’hôtel ourdit de se mettre en grève car cela fait plus de deux mois que les salaires n’ont plus été payés – la faillite d’un système faisant écho à celle de l’Europe. Courant irrémédiablement au vaudeville, le réalisateur signe toutefois avec brio une photographie de société où se rencontrent la réalité et un riche symbolisme.

Lorsque le film se clôt, Danis Tanovic semble tourner en dérision bien des mascarades en évoquant Bernard Henri-Lévy et sa pièce « Hotel Europe ». Il s’agit toutefois d’une mise en abyme pensée avec soin, le film en étant une adaptation libre au fil de laquelle son comédien, Jacques Weber, paraît incarner une figure politique, dont se moque allègrement les autres personnages, appellée à faire un discours lors de la cérémonie de commémoration.

MORT A SARAJEVO
Smrt u Sarajevu
♥♥(♥)
Réalisation : Danis Tanovic
Bosnie-Herzégovine / France – 2016 – 85 min
Distribution : /
Drame

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

Smrt u Sarajevu - Mort à Sarajevo 01 Danis Tanović © Margo Cinema & SCCA:pro.ba

mise en ligne initiale le 16/02/2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>