Critique : Montanha

On 06/09/2015 by Nicolas Gilson

Au fil de son premier long-métrage, MONTANHA, João Salaviza observe un adolescent qui quitte peu à peu l’enfance afin d’entrer dans un monde qui n’est pourtant pas encore le sien. Sublimant la poésie de l’instant grâce à la sensibilité de son approche esthétique, le réalisateur épouse l’énergie de son protagoniste et impressionne peu à peu nos sens en nous proposant de vivre une candide expérience emplie de mélancolie.

montanhasalavizaveneza_01Lauréat de la Palme d’Or du meilleur court-métrage en 2009 pour ARENA et de l’Ours d’Argent du meilleur court-métrage en 2012 pour RAFA, le réalisateur semble fasciné par la vie des banlieues dont, fort d’en impressionné la réalité, il fait le cadre où évoluent ses protagonistes de film en film. Est-il ou non situable que le décor est l’un des éléments nourrissant son approche naturaliste.

MONTANHA prend ainsi place dans la banalité d’un immeuble brûlé par le soleil au sein duquel David (saisissant David Mourato) s’en préserve, sous le souffle d’un ventilateur offrant aux murs de sa chambre quelque respiration. Tiré de son sommeil ou de sa léthargie par sa mère, le protagoniste témoigne d’une lassitude qui, tout en contrastant avec sa silhouette, traduit l’étouffement d’une situation. Construit sous forme de chroniques, le scénario dessine peu à peu la réalité familiale de l’enfant conduit par les événements à mûrir peut-être plus vite qu’il ne le voudrait.

Les déambulations du protagoniste, qui fuit ses quelques responsabilités et la réalité auxquelles il doit faire face, nous mènent dans des lieux communs abandonnés ou en construction, morts ou vivants, qui semblent faire écho à la dualité de son bouilonnement intérieur et de son calme apparent. Un effet de contraste qui se retrouve d’entrée de jeu dans la photographie, tantôt en contre jour, tantôt irisée, au sein de laquelle ne cesse de coexister le jour et la nuit.

Montanha

Celle-ci, signée par Vasco Viana, est sans conteste l’élément le plus éblouissant de l’approche. Sa fixité première, qui n’aura cesse de rythmer le film, a quelque chose de proprement hypnotisant tant la lumière guide notre regard ou le contrarie. Sommes-nous le plus souvent proche du protagoniste, confronté à ses réactions lorsque le contre champs ne prend le plus souvent vie qu’à travers le son, que João Salaviza nous place aussi à distance de lui afin de mieux l’observer tandis que le son nous conforte alors d’être à ses côtés.

L’ensemble est délicatement atmosphérique nous permettant de ressentir les émotions de David qu’il soit agacé par sa mère ou excité par les sentiments qu’il éprouve pour sa voisine Paulinha. Le réalisateur parvient, en opérant un travail singulier sur le temps, à nous fondre aux modulations de son ressenti pour mieux percevoir le changement pourtant imperceptible qui se produit en lui…

Photo 2 MontanhaMONTANHA
♥♥
Réalisation : João Salaviza
Portugal – 2015 – 91 min
Distribution : /
Drame initiatique

Venise 2015 – Semaine de la critique

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