Critique : Mon Roi

On 19/10/2015 by Nicolas Gilson

A-t-il le mérite de ne pas laisser indifférent que MON ROI de Maïwenn fâche. Après POLISSE la réalisatrice confirme sa position de cinéaste de l’impudeur voire de l’obscénité en proposant une chronique amoureuse qui n’a d’intimiste que l’apparence. Emmanuelle Bercot crève-t-elle l’écran que la mécanique de la réalisatrice épuise inexorablement à mesure que s’impose un confus sentiment de gêne.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Suite à une grave chute de ski, Tony (Emmanuelle Bercot) est admise dans un centre de rééducation afin de retrouver la motricité de son genou. Rythmé par les soins et la rencontre avec une bande de jeunes de banlieue, son séjour est l’occasion de se remémorer son passé pour aller de l’avant… C’est ainsi qu’elle revit les grandes lignes de sa relation amoureuse avec Georgio (Vincent Cassel) qu’elle a aimé avec passion.

mon roi - maiwenn

Non sans balourdise, derrière la légèreté d’un humour potache, Maïwenn dessine le trouble psychologique dans lequel est plongée son héroïne. L’arrivée dans le centre est en effet l’occasion d’une rencontre avec une psychologue qui voit dans le déchirement du genou celui plus profond entre le « je » et le « nous ». Un raisonnement qui fait mouche puisqu’il conduit Tony à verser quelques larmes et permet de mettre en place une simpliste dynamique de flash-back chronologiques (c’est plus pratique).

La pudeur, on t’en a parlé ?

Ouvrant un dialogue entre le présent et le passé, la réalisatrice propose le portrait d’une femme qui reprend goût à la vie à mesure qu’elle fait le deuil de ses amours évanouies… Celles-ci nous sont jetées au visage en une succession de tableaux à l’exaltante énergie qui, faute de composer une rencontre avec Tony au coeur de son intimité, en sont la monstration plate et vulgaire. La légèreté de ton fait-elle sourire qu’elle s’avère peu à peu assassine au fil de situations et de dialogues dont l’écriture est palpable. « La pudeur, on t’en a parlé ? » demande Georgio à Tony. Une question déjà soulevée par POLISSE qui s’impose aujourd’hui. Additionne-t-elle les scènes clés permettant l’exacerbation des enjeux que jamais Maïwenn n’offre ni de vie à ses personnages, pions de sa démonstration. Au mieux ils sont la représentation d’un état ou ils transcendent l’énergie irréaliste et fanstasmagorique qu’il plait à la réalisatrice de mettre en scène.

S’offrant un format scope, Maïwenn tisse un film prétentieux à la grammaire brouillonne qui oscille entre une composition artificielle et une intrusion des plus contrastante au plus prêt de ses personnages. Une intimité paradoxale tant elle n’a de cesse de paraître voyeurisme et monstratrice. Enrobée musicalement, l’approche se veut pathétique et sirupeuse, et se révèle, au fil de sa construction, de plus condescendante – notamment au sein du centre de rééducation. In fine consternant, MON ROI l’est d’autant plus que Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot se livrent proprement à Maïwenn. Mais sont-ils géniaux ou les dindons de la farce ?

MON ROI

Réalisation : Maïwenn
France – 2015 – 122 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition

mon roi afficheCannes 2015 signature 2Mise en ligne initiale le 17/05/2015

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