Mine Vaganti

On 22/03/2011 by Nicolas Gilson

MINE VAGANTI est une comédie grand public qui envisage de manière caricaturale un double coming out. Si l’écriture manque de finesse au regard de la trame narrative, de nombreuses situations et de la caractérisation des protagonistes, la qualité de nombreuses répliques est à épingler. Mais cette approche quelque peu grossière de l’homosexualité est sans doute nécessaire dans un pays où une sexualité « non-conventionnelle » est plus que diabolisée. Car en Italie l’homophobie est normalisée par le chef de l’Etat. Car en Italie il vaut mieux être mêlé à des affaires de mœurs impliquant des mineures que d’être homosexuel*.

MINE VAGANTI met en scène une famille bourgeoise qui dirige une entreprise prospère de fabrication de pâtes. Lors d’un dîner familial, l’un des fils, qui vit à Rome depuis ses études, envisage de révéler son homosexualité et son désir d’être écrivain. Alors qu’il a auparavant confié son intention à son frère, qui est à la tête de l’entreprise familiale, celui-ci annonce durant le repas son propre penchant homosexuel. La réaction du patriarche est radicale, le fils est banni pour ne pas dire nié. Seule la grand-mère conteste ce jugement, tandis que le jeune frère, doublé et trahi, est contraint de prendre la place de celui dont on a maintenant honte. Tout est très schématique. Les clichés sont nombreux. Chaque personnage est un stéréotype plus qu’indentifiable. Seul les deux frères homosexuels échappent à l’hypothèse du pur cliché : ils ne répondent en rien à l’imagerie basique et réductive des homosexuels ; pour des pédés ils semblent plus qu’hétéros.

La caricature sert de terreau à une récit qui démythifie l’homosexualité. Le rire sert de soupape. Comme si le sujet abordé était gravissime. Comme si il était nécessaire d’intégrer l’homophobie pour s’en distancier et la critiquer. Il s’agit d’en faire des tonnes afin de se rendre compte que l’important, in fine, est d’être bien et en phase avec soi-même. Le rire et la légèreté sont donc employés pour désamorcer les préjugés et la condamnation qui leur est assimilée.

Si la base première de l’écriture est louable, son développement n’est guère percutant. C’est que l’approche esthétique est fatigante et sans intérêt avec une prédilection pour des plans séquences aux travelings incessants et des renforts musicaux incessants voire intempestifs. De plus, au cœur de la comédie, le réalisateur met en place une hypothèse de flash-back évocatif et un léger onirisme, certes touchant, mais à la fois sibyllins et appuyés. L’intention est louable, mais bien peu subtile.

Faut-il se réjouir de la réalisation d’un tel film ou au contraire en être attristé ? L’homosexualité, y est à la fois diabolisée et démythifiée. Toutefois cette marginalisation radicale, tant l’homosexualité est perçue comme la honte absolue, est essuyée par des gestes simples qui, sans un mot, condamne le jugement premier.

* « Mieux vaut avoir la passion des belles femmes qu’être gay », déclaration de Silvio Berlusconi (brève Libération)

MINE VAGANTI
LE PREMIER QUI L’A DIT

Réalisation : Ferzan OZPETEK
Italie – 2010 – 110 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie
EA

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