Millenium

On 27/05/2009 by Nicolas Gilson

« Mikael Blomkvist est journaliste économique dans le magazine Millénium. Henrik Vanger fait appel à lui afin d’enquêter sur un le meurtre non élucidé de sa nièce disparue à l’âge de seize ans. Au cours de ses recherches, Blomkvist se rend compte que la famille Vanger semble cacher bien des haines et des secrets. Le journaliste est amené à rencontrer Lisbeth Salander, une jeune femme qui possède le don exceptionnel de découvrir des informations introuvables… »

UN THRILLER A LA FOIS HALETANT ET SURFAIT

Deux Millénium coexistent : la trilogie littéraire d’une part et son adaptation cinématographique, dont il est ici question du premier volet, de l’autre. Cela engendre plusieurs appréhensions possibles du film réalisé par Niels Arden Oplev ; de l’angle de la stricte adaptation à celui purement cinématographique. C’est ce dernier point d’approche qui seul guidera notre regard sur ce thriller à la fois haletant et quelconque.

Millénium est démonstrativement intelligent. C’est avec une réelle maîtrise du langage cinématographique que le réalisateur dirige avec brio un thriller captivant. Toutefois jamais nous ne sortons de l’hypothèse du pure divertissement … Certes réussi, mais quelque peu surfait au final.

Un trop long prologue, un développement au sein duquel le suspens nous tiraille proprement et une succession brève d’épilogues – sous-entendant une suite trop attendue – servent de base à une trame narrative au sein de laquelle une captation filmique démultipliée engendre, grâce à une addition d’effets, une réelle atmosphère de suspens haletant.

Pourtant cette addition d’effets s’avère duale : si elle ancre le suspens de plus en plus prenant à mesure que le récit se développe, elle devient dictatoriale. Ainsi soit une adhésion pleine et complète s’opère, soit une certaine distanciation empêche toute réelle immersion et nous conduit à rester bien dubitatif face à un récit filmique démonstratif …

Si la mise en place du film tire quelque peu en longueur, elle nous permet toutefois d’appréhender les principaux protagonistes dans leur complexité. Cependant une logique démonstrative n’a de cesse de s’imposer tant d’un point de vue visuel que d’un point de vue sonore. Cela engendre une réelle atmosphère conditionnante au sein de laquelle notre attention s’assimile peu à peu aux dictas de la seule hypothèse musicale. Et ce malgré une démultiplication des «objects de regard» très intelligente.

Car en s’appuyant sur la prime mobilité du cadrage le rythme du montage tend à la logique des attractions : l’objet du regard obsessionnel pour le protagoniste principal le devient également pour nous. Cet «objet» se matérialise principalement par les inscriptions photographiques. Celles-ci s’appuient sur une double logique à la fois rationnelle et psychologique : elles sont le moteur de l’effroi et du questionnement, au point de devenir une pure fascination. Cette logique permet ainsi de nous unifier aux protagonistes eux-mêmes paradoxalement unis par cette quête commune.

Paradoxalement car malgré un prologue dithyrambique jamais vraiment nous ne rencontrons Mikael Blomvist, pourtant protagoniste principal, aussi nous ne pouvons ni comprendre ni adhérer à sa logique psychologique – sans doute cela se fera au fil de la trilogie, un film ne pouvant, visiblement et dommageablement, vraiment se suffire à lui-même. Dès lors comment envisager la fusion qui semble s’opérer entre lui et Lisbeth Salander …

Ce qui est d’autant plus paradoxal car nous sommes invité à la rencontrer, elle, l’autre protagoniste, secondaire malgré tout, dans une intimité aussi plurielle que radicale. À nouveau cela se construit intelligemment tant dans l’écriture – la complexité du personnage est nourrie par des séquences intimes aussi horribles que touchantes – qu’aux travers d’effets filmiques, notamment un flash-back obsessionnel récurrent – dont le statut oscille, grâce au montage, entre un hypothétique réalisme et un onirisme cauchemardesque. Un étrange questionnement prend alors place : Pourquoi dès lors ne pas avoir opté de faire d’elle le réel protagoniste du film ? Car le trouble induit par l’inégalité du dévoilement de l’intimité des protagonistes se couple d’une définition peu claire du point de vue auquel nous sommes censé adhérer, à savoir celui de Mickeal Blomvist.

Toutefois, le suspens fonctionne, nous ne pouvons qu’être captivé par ce thriller haletant jusqu’au moment de la révélation finale … ou censément finale. Car les épilogues pleuvent et donnent une réelle impression de longueur. Le premier se veut limpide : d’effet en effet nous avions oublié le but même de l’enquête les justifiant. Ensuite chaque chaque élément de mise en place se clôt – qu’il soit narratif ou purement démonstratif – avant de conduire à un réel épilogue, celui nécessaire de la mise en bouche d’une suite possible … Celui peu clair, semble-t-il, pour qui appréhende Millénium indépendamment de l’ouvrage L’homme qui n’aimait pas les femmes …

MILLENIUM
**
Réalisation : Niels Arden Oplev
Suède/Danemark – 2008 – 152 min
Distribution: BFD
Thriller
Enfants admis

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