Mièvre et Décevant

On 30/06/2011 by Nicolas Gilson

La 9 ème édition du Brussels Film Festival s’est clôturée hier par la projection d’un improbable mille-feuilles au misérabilisme, OMAR M’A TUER, après l’annonce interminable d’un palmarès primant le film INNOCENT SATURDAY d’Alexander Mindadze. Retour sur une programmation peu convaincante.

A LA RECHERCHE DU GLAMOUR

Depuis maintenant deux éditions, le Brussels Film Festival (qui a perdu le qualificatif « European » en cours de route) a modifié sa ligne de programmation la rendant franchement trouble. Lorsque mis en place en 2003 par Dominique Jeanne, Le Festival du Film Européen de Bruxelles, présenté comme la continuité du Festival International du Film de Bruxelles par Ivan Corbisier qui dirige le festival depuis 2010 (présage d’un tournant à venir ?), cherchait à mettre en avant le renouveau des cinématographies européennes en sélectionnant des premières et secondes (espérées deuxièmes) œuvres. La ligne était claire, l’intérêt vif. Le caractère cinéphile du festival est alors assumé jusqu’à s’associer à la Cinémathèque et son événement estival à savoir l’Age d’Or – Cinédécouvertes.

Trop cinéphile sans doute pour Ivan Corbisier qui désire faire du festival un événement grand public et glamour. Le nom s’inscrit alors en anglais et la programmation change de cap. Les premières œuvres ne sont pas exclues pour autant, mais alors qu’elles ancraient la ligne de conduite de la programmation, celle-ci semble en être dépourvue.

Il est question de diversité, de montrer un éventail aussi large que possible de la production européenne, un réel panorama. L’an dernier un focus sur les films de « genre » (le thriller aux accents d’horreur) est alors mis en place. Un focus qui ne trouva pas d’écho cette année. Soit.

A côté de nombreuses avant-premières de films très grand public (KRACH, POURQUOI TU PLEURES, NICOSTRATOS LE PELICAN, OMAR M’A TUER), un panorama prend place avec quelques noms de ci, de là pour exciter la curiosité du public mais sans leur présence à Bruxelles. Isabella Rossellini n’est pas venue présenter LATE BLOOMERS – alors qu’elle sera au festival Paris Cinéma qui lui consacre, à l’occasion de la présentation de ce film une rétrospective – de même que Daniel Brühl… Il y a bien eu Benjamin Biolay le soir de l’ouverture, mais pas d’Emmanulle Devos ni de Nicole Garcia. Certes il y a eu les Tinderstick, oui, au Bozar – investi cette année pour une décentralisation d’une partie de la programmation.

Et ce n’est pas du côté du jury, malgré un grand succès de Jacques Weber auprès des dames âgées, qu’il fallait regarder. A Bruxelles glamour ne rime définitivement pas avec robe-bustier, décolleté, talons-hauts ou smoking. Yves Rénier les mains dans les poches d’un jean’s porté très haut, ça laisse songeur. Soit. Revenons sur la programmation.

En compétition la sélection était proprement décevante. Variée, certes, mais franchement mièvre. Des films souvent faciles, linéaires, narratifs, dépourvus d’originalité… Toutefois Jacques Weber, en s’exprimant au nom du jury dont il était président, a déclaré que « tous les films nous ont semblé remarquables, dans le sens où ils peuvent être remarqués ». A méditer.

Les surprises sont venues principalement des pays nordiques avec le film danois NOTHING’S ALL BAD de Mikkel Munch-Fals (qui a remporté le prix du meilleur premier film) et la réalisation norvégienne HAPPY HAPPY signée Anne Sewitsky (primée pour son scénario). L’Europe de l’Est a également excité la curiosité avec SUICIDE ROOM, un premier film « choc » produit en Pologne qui mêle fiction et animation mais dont l’intérêt ne provient pas de la réalisation – platement commerciale – mais des enjeux traitant des dangers d’internet et d’homophobie. Le film primé, INNOCENT SATURDAY, venu de Russie (coproduit par l’Allemagne et l’Ukraine), repose sur une idée scénaristique géniale. Il s’agit d’envisager l’explosion de Tchernobil vécue de l’intérieur. Une critique acerbe qui a également attiré l’attention du Jury jeune.

Le court-métrage belges était mis à l’honneur avec deux programmes très riches, comprenant notamment DIMANCHES de Valéry Rozier, L’OEIL DU PAN de Gerlando Infuso ou encore BADPAKJE 46 de Wannes Destoop. C’est le film INJURY TIME de Robin Pront qui s’est vu être salué par le « best short film award », tandis que HET BIJZONDERE LEVEN VAN ROCKY DE VLAEMINCK de Kevin Meul était congratulé en tant que « best short film ».

L’atmosphère était bon enfant comme à l’accoutumée. La bière a coulé à flot, le fromage s’est dégusté. Attendons la prochaine édition avant de juger.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>